Bien avant son investiture à la magistrature suprême, le président Alpha Condé avait pris un certain nombre d’engagements vis-à-vis du peuple de Guinée. Au nombre de ses promesses, le candidat du Rassemblement du Peuple de Guinée (RPG) lors de l’élection présidentielle de 2010, s’était engagé à faire du secteur de la santé une priorité durant son quinquennat.

Aujourd’hui, force est de reconnaître qu’en moins de trois ans de gestion, des progrès significatifs ont été enregistrés, surtout dans le domaine de l’approvisionnement des populations en médicaments de qualité. Pour parler de ce secteur, nous avons rencontré cette semaine, le Directeur Général de la Pharmacie Centrale de Guinée qui a bien voulu se confier au micro de notre rédaction. Dr Moussa Konaté s’est exprimé sans tabou sur plusieurs questions liées au secteur de la santé en général, et spécifiquement sur le domaine de l’accès aux médicaments par les populations…

Bonjour Dr Konaté!

DR MOUSSA KONATE : Oui bonjour !

Présenter brièvement la PCG et expliquer comment on est passé de Pharmaguinée à la Pharmacie centrale de Guinée (PCG) ?

DR MOUSSA KONATE : La Pharmacie Centrale de Guinée tire son origine de la Pharmapro, une succursale de la Pharmacie coloniale de Dakar, créée en 1939 et disposant de 8 antennes régionales. Après l’indépendance du pays, en 1960 cette succursale a été nationalisée et transformée en entreprise nationale Pharmaguinée puis en Etablissement Public Administratif (EPA).

La Pharmaguinée dont le siège était à Conakry jouissait du monopole d’importation de tous les produits pharmaceutiques pour couvrir l’ensemble des besoins nationaux. A ce titre, elle avait pour mission d’assurer l’approvisionnement en produits pharmaceutiques des pharmacies d’Etat d’alors établies sur tout le territoire national et de tous les hôpitaux et dispensaires. Ce système d’approvisionnement a fonctionné jusqu’en 1984, avènement de la deuxième République.

En 1985, à la faveur de la libéralisation des professions médicales et pharmaceutiques, les pharmacies privées ont été créées pour remplacer les pharmacies d’Etat.

 

C’est à la faveur de l’avènement de la deuxième République que la Pharmacie Centrale de Guinée (PCG) a été créée par décret N° D/92/333/SGG du 17 Décembre 1992, suite à la réforme du secteur pharmaceutique et à la liquidation/extinction de la Pharmaguinée. Elle est issue de la mise en œuvre du projet de réhabilitation du secteur pharmaceutique public

(PRSPP) financé conjointement par le Gouvernement Guinéen et la Banque Africaine de Développement (BAD).

Un arrêté conjoint MSP/MEF a défini les statuts de l’Etablissement, selon lesquels, la PCG est un EPIC (Etablissement Public à Caractère Industriel et Commercial) doté, par conséquent de la personnalité juridique, de l’autonomie de gestion, d’un personnel régi par le code de travail, donc dé fonctionnarisé, comprenant 73 travailleurs dont 18 Pharmaciens.

La PCG est gérée par un Conseil d’Administration de 11 membres et une Direction Générale avec un DG et un DGA.

Du point de vue organisationnel, la PCG comprend, outre la Direction générale, huit (8) services dont les Achats, la Distribution, le Marketing, la Coordination des dépôts de vente, l’Informatique, l’Administration générale, la Comptabilité et l’Assurance Qualité/Contrôle Interne. Elle dispose de cinq dépôts régionaux de vente (Guinée Maritime, Labé, Faranah, Kankan et N’Zérékoré) et d’un magasin central (à Conakry) qui totalisent une aire de stockage de 5.000 mètres carré. Un sixième dépôt non opérationnel vient d’être construit à Boké par le Pr Alpha CONDE. A ce niveau, il faut préciser que le projet de construction de ce dépôt existait depuis 1999.

La PCG a pour mission, selon ses statuts, l’approvisionnement en produits de santé de qualité, des structures sanitaires et de toutes autres institutions évoluant dans le domaine de la santé d’une part, et, l’amélioration de l’accessibilité tant financière que géographique de ces produits aux populations, d’autre part.

Dans le cadre de la mise en œuvre de l’initiative de Bamako en 1987, il a été créé en 1988, le Programme Elargi de Vaccination Soins de Santé Primaires et Médicaments Essentiels (PEV/SSP/ME).

La Cellule des Médicaments Essentiels, qui était un compartiment important du Programme National des Soins de Santé Primaires (PEV/SSP/ME) chargée d’approvisionner les centres de santé, bénéficiait des subventions de l’état. Afin de répondre au souci d’avoir un seul système d’approvisionnement du secteur public en médicament, cette cellule de Médicaments Essentiels a été intégrée à la Pharmacie Centrale de Guinée en 2004. Malheureusement, les modalités d’intégration n’ont pas prévu le transfert des subventions que la Cellule bénéficiait à la PCG. Ce qui fait que la PCG a continué de fonctionner sans moyens adéquats. Ce manque de moyens a plongé la PCG dans une situation de trésorerie difficile avec des conséquences sur la disponibilité des médicaments.

Nous avons trouvé une entreprise avec un taux de disponibilité de 10% de médicaments, des dettes fournisseurs importantes, un Conseil d’Administration inexistant ce qui a amené le Commissariat au compte a démissionné. Ce disfonctionnement de la PCG a entrainé la prolifération du marché illicite de médicaments avec des médicaments contrefaits. Ce qui expose la population aux graves risques d’intoxication.L’une des promesses de campagne du président Alpha Condé c’était de faire du secteur de la santé une priorité dans sa gouvernance.

Est-ce qu’on peut dire aujourd’hui que cet engagement a été respecté, surtout dans le domaine pharmaceutique ?

DR MOUSSA KONATE : Aujourd’hui, on peut dire sans risque de se tromper que l’un des engagements du président de la république, qui avait promis de tout mettre en œuvre pour assurer une meilleure santé aux populations, a été effectivement respecté. Un certain nombre d’acquis soutiennent cette affirmation, dont l’essentiel se résume à :

 

– La Gratuité de l’accouchement et de la césarienne qui a été rendu effective. Ce qui a fortement contribué à la réduction de la mortalité maternelle et infantile pour plusieurs milliers de femmes souffrant de complications obstétricales. Les kit d’accouchement ont été distribué dans toutes les structures sanitaires publique du pays, ce qui a permis de rendre effective cette gratuité dans la majorité des structures. Dans le cadre de la mise œuvre de la logistique intégrée du Ministère de la santé, la réception, le stockage et la distribution de ces kits ont été confiée à la PCG.

– La signature de la Convention entre l’Etat Guinéen et la Pharmacie Centrale de Guinée, Centrale d’Achat du pays, support logistique du Ministère de la Santé et de l’Hygiène Publique, et instrument privilégié de mise en œuvre de la politique nationale pharmaceutique, dont les performances ont permis d’améliorer la disponibilité du médicament essentiel générique de qualité de 10% en 2010 à 55% en 2011 et 2012.

– La désignation de la République de Guinée, comme premier pays africain, membre de la Convention Médicrime du Conseil de l’Europe

– La signature de l’Appel de Cotonou contre les faux médicaments. Cet appel a été lancé le 12 Octobre 2009 par la fondation Jacques CHIRAC, mais malheureusement notre pays n’a pas pu être au rendez vous de Cotonou auprès des autres pays Africains.

– La reforme de l’entreprise pour quelle réponde aux exigences d’une centrale d’achat de médicaments. Cette reforme se traduit par l’élaboration du Plan de Développement Stratégique (PDS) de la PCG, l’amélioration de son système Assurance Qualité, l’amélioration de la disponibilité des médicaments.

– L’initiation du projet médicaments pour tous par le Gouvernement en collaboration avec les partenaires au développement, en vue de rendre disponible le médicament de qualité et à coût abordable pour la population. Le démarrage effectif de sa mise en œuvre est prévu en 2014 grâce à l’inscription du financement de la première phase du projet dans le budget 2014 de l’Etat. Ce projet est perçu comme une stratégie de décentralisation de la prise en charge des structures de santé par les communautés à la base.

Quels sont les objectifs visés par le Projet Médicaments Pour Tous ?

DR MOUSSA KONATE: Le projet « médicament pour tous » est un projet d’envergure nationale dont l’objectif principal vise l’amélioration de façon durable, de la disponibilité et de la gestion des médicaments essentiels dans les 406 centres de santé publics du pays. Il s’étend sur deux ans (2014-2015) avec à la clé qu’au 31 Décembre 2015, tous les stocks de produits de ces centres de santé auront été reconstitués et les produits rendus accessibles à toute la population, notamment dans les zones rurales, conformément à la volonté du Chef de l’Etat, le Professeur Alpha CONDE. Cette volonté se traduit par « le droit à la santé et l’équité à l’accessibilité aux soins pour tous les guinéens ».

Pour atteindre cet objectif, le projet sera mis en œuvre à travers quatre composantes successives :

 

1. La formation de 812 agents des centres de santé à la gestion des stocks ;

2. La fourniture d’équipements de stockage ,

3. La dotation initiale de tous les centres de santé en produits de santé de qualité et des outils de gestion avec le système dépôt payable après vente (DPAV)

4. Le suivi et l’évaluation périodiques de la gestion dans ces centres de santé.

Le coût total du projet est évalué à GNF 31 Milliards.

Ce qu’il faut faire remarquer, est que ce projet est parti d’un constat de terrain qui se traduit par des insuffisances de formation, de ressources matérielles et financières au niveau des structures sanitaires, notamment à la base. Alors, il faut absolument former les agents, aménager les espaces de stockage et assurer la mise en place de ce qu’on appelle stock minimum dans tous les centres de sante de Guinée avec un système dépôt revolving axé sur le mécanisme de recouvrement des coûts.

En d’autres termes, la PCG met des médicaments à la disposition des centres de santé devant la communauté avec des tarifs homologués sur toute l’étendue du territoire national. Quand ces centres auront vendu correctement ce stock de départ, en tenant compte des formations reçues en matière de commande, parce qu’on n’attend pas que le stock soit entièrement fini avant de commander, ils le renouvellent en se réapprovisionnant à la PCG.

Ce projet a connu l’engagement du Gouvernement à le financer et au moment où je vous parle, on est entrain de mettre dans le budget 2014, comme je l’ai dit tantôt, l’exécution de ce projet dans sa première phase. Cette phase consiste en la formation des agents, l’aménagement des espaces mais aussi l’acquisition des produits pharmaceutiques.

Est-ce que la mise en œuvre de ce projet pourrait réduire la vente illicite des médicaments ?

DR MOUSSA KONATE : Nous sommes convaincus là-dessus que la mise en œuvre de ce projet va réduire considérablement la vente illicite des médicaments. En effet, le phénomène de marché illicite est étroitement lié à la problématique du médicament dans le pays, qui se traduit par une insuffisance de produits pharmaceutiques dans nos structures de soins. Etant donné que l’objectif du projet est d’améliorer la disponibilité et l’accessibilité du médicament dans ces structures, notamment celles se trouvant à la base, il va sans dire que la vente illicite sera fortement réduite. Il y a vente illicite des médicaments, parce que les structures n’offrent pas suffisamment de médicaments de qualité et à moindre coût à la population. L’amélioration de la disponibilité des médicaments de qualité à des coûts abordables, favorise la réduction de la pauvreté de nos populations.

Quel a été l’impact de la gratuité dans la vie des populations ?

DR MOUSSA KONATE : Le Gouvernement de la République de Guinée a placé au centre de son programme quinquennal de santé, la gratuité des kits de l’accouchement et de la césarienne avec à la clé, la réduction de la mortalité maternelle, néonatale et infantile. L’atteinte de cet objectif passe impérativement par la distribution de ces produits de santé de qualité aux districts sanitaires du pays pour une meilleure prise en charge de cette couche vulnérable.

Cette distribution a été réalisée par la Pharmacie Centrale de Guinée durant les deux années consécutives 2011 et 2012. Donc, nous avons distribué les médicaments achetés par l’Etat, à toutes les structures sanitaires du pays pour la gratuité de l’accouchement. Les médicaments sont arrivés dans les centres les plus reculés du pays. Ce qui fait qu’aujourd’hui, la gratuité de l’accouchement et de la césarienne est rendue effective car, c’est un droit pour les populations.

Cette gratuité a considérablement permis de réduire le taux de mortalité maternelle et infantile. Vous ne pouvez pas imaginer il y a de cela quelques années, combien de femmes mourraient pendant l’accouchement, combien d’enfants mourraient par faute de prise en charge adéquate, soit par manque de moyens pour les parents, soit par manque de médicaments dans les structures sanitaires. N’oublions pas de rappeler que l’un des objectifs du millénaire pour le développement, c’est surtout la réduction du taux de mortalité maternelle et infantile. Je pense que ce pari est entrain d’être gagné aujourd’hui car, le chef d’Etat s’est résolument engagé à atténuer la souffrance des femmes. Cette gratuité est a son début, alors elle requiert l’adhésion de tous les agents de santé et de toute la population. C’est en agissant ensemble que nous réussirons.

Quand est t-il du soutien des partenaires au développement ?

DR MOUSSA KONATE : Je puis vous dire aujourd’hui que le système de santé guinéen est financé en grande partie par les différents partenaires. Vu les difficultés auxquelles la PCG était confronté avant la troisième république, sur plus de 13 partenaires, il n’y avait pas deux qui continuaient à faire confiance à la PCG, rien que pour garder seulement les médicaments, à plus forte raison apporter d’autres formes d’assistance.

En revanche, aujourd’hui, depuis la relance des activités de la PCG en Janvier 2011 et en raison des performances enregistrées par l’entreprise, il y a eu un regain de confiance qui a amené progressivement les partenaires à se tourner vers la PCG. Ainsi, la politique de la logistique intégrée confiée à la Centrale d’Achat est maintenant rendue effective.

En effet, dans le cadre des reformes que nous avons engagées, nous avons cherché à sécuriser et assurer nos locaux, tant à Conakry qu’à l’intérieur du pays. Ce qui a redoré l’image de l’entreprise et rassurer les partenaires. Comme impact, tous les partenaires qui avaient leurs médicaments dans les magasins du PAM (Programme Alimentaire Mondial, Ndlr) sont revenus à la PCG. Il y a certains parmi eux avec lesquels on a signé des contrats de prestation de services.

Force est de reconnaitre qu’à ce jour, la Convention liant l’Etat Guinéen à la PCG est beaucoup respecté par les partenaires non seulement en termes d’acquisition de médicaments qu’en termes de distribution des produits de santé.

Vous savez que la centrale d’achats du pays n’est pas un lieu de commerce ordinaire. Il y a ce qu’on appelle les normes de bonnes pratiques de distribution qu’il faut faire respecter. Dès qu’on respecte les bonnes normes de pratique de distribution, cela a une incidence sur le système d’assurance qualité.

Dans le cadre du renforcement de ce système d’assurance qualité, la PCG a fait l’objet d’audit par une mission de l’Union Européenne en 2012. L’audit a permis d’identifier un certain nombre d’imperfections. En plus, en 2013, nous avons demandé lors de l’assemblée générale de l’ACAME à Bujumbura, à France Expertise internationale chargée de la mise en œuvre de l’Initiative 5%, de venir évaluer notre système d’assurance qualité pour qu’il y ait une meilleure pratique de distribution. Cette évaluation a été faite en juillet dernier. Aujourd’hui, grâce à la correction des imperfections constatées, nous pouvons dire que notre centrale d’achats a commencé à pratiquer les bonnes pratiques de distribution.

 Quels sont vos autres projets au niveau de la PCG ?

DR MOUSSA KONATE : Notre ambition est de faire de la PCG, un pool d’excellence en matière d’activités pharmaceutiques. Sans cela, il n’y aura pas de résultats en matière de service de santé. Il n’y a aucun système de santé qui fonctionne sans médicaments. Il ne s’agit pas non plus d’avoir des médicaments, il s’agit d’avoir des médicaments de qualité à des coûts abordables. Tant que le citoyen qui se trouve àGuecké ou à Gbodou ne peut pas se lever le matin, aller se faire consulter dans un centre de santé, payer son ordonnance, se soigner, vaquer à ses activités agricoles, on ne peut pas dire qu’il y a un système de santé fiable. Rendre les médicaments disponibles dans toute la pyramide sanitaire, permet d’avoir un système de santé fiable. A-t-on coutume de dire PAS DE MEDICAMENTS ? PAS DE SANTE. C’est çà un de nos objectifs majeurs.

Aussi, nous avons placé au centre de nos préoccupations, les ressources humaines qu’il faut valoriser par la mise en œuvre d’un programme de formation continue. Aujourd’hui, la PCG dispose d’un personnel qualifié mais vieillissant. C’est la raison pour laquelle nous avons mis en place un mécanisme de rajeunissement des ressources humaines de qualité, parce qu’il faut les former.

Enfin, nous avons comme ambition de faire de la Pharmacie Centrale de Guinée, la principale porte d’entrée ou le réceptacle de tous les produits de santé du domaine public. Ce qui requiert des travaux d’extension par la réhabilitation et la construction de dépôts pharmaceutiques afin d’avoir un maximum d’aires de stockage permettant d’atteindre la masse critique.

Le  mot de la fin ?

DR MOUSSA KONATE : d’abord vous remercier pour l’opportunité que vous nous offrez. Ensuite solliciter le soutien de tout le monde à commencer par le premier magistrat du pays, je ne cesserai jamais de me répéter, pas de médicaments, pas de santé. Les pays Africains qui ont de très bons systèmes de santé ont placé le médicament au centre de leur système.

A ce jour, nous sommes bien outillés pour répondre aux normes de bonne pratique de distribution.

Je suis convaincu qu’avec cet élan, la PCG sera le pool d’excellence des activités pharmaceutiques pour qu’en fin nos populations puissent être protégées contre les faux médicaments.

Actuconakry.net

Tel +224 622 56 56 67

 

 

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