Les panégyristes de la  deuxième république ont commémoré avec faste, le 5e anniversaire de la disparition du Général Lansana Conté le 22 décembre dernier. Décédé après une longue maladie, au cours de laquelle il est resté longtemps grabataire, le feu président-paysan sera enterré une semaine après sa mort à  cause  du coup de force militaire qui a mis fin à son régime le 23 décembre 2009.

Le 26 mars 1984, Ahmed Sékou Touré, le « père de l’indépendance », meurt à Cleveland lors d’une opération cardiaque  et l’unique parti de l’époque, le Parti démocratique de Guinée (PDG), sombre dans de violentes querelles de succession.

C’est dans un contexte de déclin et d’incertitudes qu’une semaine plus tard, le 3 avril 1984, un coup d’État militaire dirigé par le colonel Lansana Conté renverse le président intérimaire, Louis Lansana Beavogui. La junte, dénomméeComité militaire de redressement national (CMRN), porte alors son leader au pouvoir, qui est proclamé président de la République deux jours plus tard, alors que vient d’être instituée la IIe République.

Le nouveau chef de l’État établit un régime démocratique, sort la Guinée de son isolement international et décide d’exploiter les ressources naturelles jalousement réservées par son prédécesseur pour les générations futures. Il se pose en défenseur des droits de l’homme en

libérant 250 prisonniers politiques, encourageant ainsi le retour d’environ 200 000 Guinéens de l’exil.

Il instaure le libéralisme économique, après 26 ans d’économie centralisée. Il lance de nombreuses réformes : le rétablissement de l’initiative privée, la privatisation de nombreuses entreprises publiques, la dévaluation de la monnaie et le rétablissement du franc guinéen, ainsi que la réduction des dépenses du gouvernement et l’encouragement des investissements étrangers. Plusieurs projets de développement seront entrepris ici et là à travers le pays.

Ainsi, après la libéralisation de l’économie, il y a eu une lueur d’espoir à l’horizon. L’économie guinéenne s’est remise sur les rails. Le revenu par habitant était passé de 300 dollars par an en 1984 à 600 dollars en 1993; l’inflation qui était de 27,1 % avait diminué de 11 points pour revenir à 16,1% et le taux de croissance qui était stagnant voire même régressive avait commencé à progresser. Les Guinéens commençaient à être rassurés. Davantage encore, quand le 23 décembre 1990, une loi fondamentale a été adoptée par référendum avant d’entrer en vigueur une année plus tard. Deux principales lois organiques: le multipartisme intégral avec création des partis politiques et la liberté d’expression et de presse qui  permettra ainsi  la floraison de journaux et de radios privées. Voici en substance, le côté jardin du régime de celui qui est considéré en Guinée comme le père du libéralisme économique et du multipartisme.

L’autre versant de son règne débutera le 5 juillet 1985 quand il commencera de se détourner de cette promesse de démocratisation après le putsch manqué de l’ex Premier Ministre Diarra Traoré, si c’en était un bien sûr.

Dès lors, le Général-Président et son gouvernement procéderont à une vague d’arrestation. Puis, s’en suivit une véritable vendetta avec l’élimination sans procès en juillet 1985 de tous les officiers militaires et civils influents de l’ethnie du vrai-faux putschiste. Aussi, des compagnons de Sékou Touré seront-ils lâchement abattus et enterrés dans une fausse commune.

Ainsi le Général Lansana Conté détruisit-il la pépinière potentielle de vassaux qui risquaient de lui faire ombrage. Désormais il sera le seul maître incontesté du C.M.R.N.

Il procédera à une vague d’arrestations dans les différents camps militaires de la capitale. Certains seront sommairement exécutés et d’autres seront purement et simplement déshabillés avant d’être jetés dans les geôles. Désormais, l’homme de Wawa gardera un œil vigilant sur ses compagnons d’arme et, pour être à l’ abri de toute surprise, conservera le porte- feuille du ministère de la défense.

Sur le plan économique, le pays commencera à sombrer dans le gaspillage des deniers publics, ledétournement de fonds, la corruption, le banditisme, l’intimidation, la cherté de la vie…l’injustice, bref la gabegie financière tout court, érigée en nouveau mode de gestion du gouvernement alors..

Après avoir brossé la situation économique de la fin du régime du président-soldat, revenons au massacre de 1985.

Ces fils du Manden, civils et militaires, qui ont  combattu  pour l’accession  de la Guinée à  l’indépendance, consacré le clair de leur temps à la défense de l’intégrité territoriale, la sauvegarde de la souveraineté nationale et la protection des civils et de leurs biens, exécutés sans procès  par le pouvoir de Lansana Conté sont-ils oubliés des Guinéens ?

En tout cas aujourd’hui, le moins qu’on puisse dire, ils sont oubliés.

Ne méritent-ils pas d’être  évoqués en des occasions comme celle de l’anniversaire de la mort de l’un de  leurs bourreaux. Qu’on ne se méprenne pas, les autres geôliers et bourreaux qui vivent encore seront traduits en justice tôt ou tard. Que cela soit dit en passant.

Si la nouvelle génération ignore la réalité de ce massacre qui a couté la vie à plus d’une soixantaine d’officiers militaires et de civils, ceux qui sont nés avant l’indépendance  eux, feignent d’oublier cet événement tragique qui est pourtant figé dans la mémoire collective.

Personne aujourd’hui ne sait où  se trouvent les charniers dans lesquels  les Diarra Traoré, Abdouramane Kaba, Sidi Mohamed Keita, Fankama Keita, Bakary Sakho, Mamadi Keita, Moussa Diakité, Abdoulaye Touré, Sékou Konaté, Makan Camara, Lansana Diané, Seydou Kéita, Karim Kéira, etc. ont été enterrés.

Certes le crime peut être pardonné, mais le devoir du peuple de Guinée, c’est de retrouver ces fosses communes, d’exhumer les corps et les enterrer dignement selon les principes islamiques.

Les enfants de ces disparus et les personnes de bonne volonté doivent se réunir en association pour retrouver les corps de leurs parents, les honorer et les inhumer de façon digne et descente.

A chaque anniversaire de la mort du Président Ahmed Sékou Touré, les parents des présumés disparus du camp Boiro trompètent sur tous les toits des  slogans réclamant les corps de leurs proches.  Ceux-ci sont-ils supérieurs aux exécutés du 5 juillet 1985 ?

Loin de nous l’intention de déranger les feuilles d’automne qui font souvent beaucoup de bruit, l’évocation de ces illustres disparus en ce 5e anniversaire de la mort du Général Lansana Conté, est une manière d’interpeller les Guinéens sur la recherche des causes du retard qu’accuse  notre pays aujourd’hui malgré la bonne volonté des autorités en charge. Une des causes pourrait- être la malédiction suscitée  par l’oubli de ces braves hommes qui ont tant donné à la Guinée.

En tout cas, nous nous engageons à découvrir les fosses communes, à communiquer les noms des bourreaux aux Nations Unies, à l’Union Africaine, la CEDEAO et l’Union Européenne  pour qu’ils soient traduits devant le tribunal pénal international.

A n’en pas douter, la prochaine réflexion sera axée sur les membres du RPG qui sont tombés sous la répression du régime de Lansana Conté.

 Bangaly Condé « Malbanga »

 

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