Raisonnables, patientes et indulgentes, les épouses? C’est ce qui ressort de notre enquête au pays des femmes trompées. Mais attention, elles n’aiment pas les gros menteurs.

Une femme manipulée. Humiliée. Un cœur aveuglé. C’est une webo-sphère aux mots souvent rudes qui réagissait le 23 avril 2014, au lendemain de la diffusion d’«Un jour, un destin» sur France 2. Anne Sinclair y passait à confesse. Oui, elle pardonnait tout à un Dominique Strauss -Kahn réputé pour ses expertises autant que pour ses frasques sexuelles hors du foyer conjugal. Elle le soutenait, même, dans ses déboires médiatiques. D’où la stupeur. Comment l’intervieweuse intraitable des années 90 pouvait-elle être si conciliante dans l’intimité? De même, comment Valérie Trierweiler, jugée si arrogante, en est-elle venue à implorer François Hollande, son président de compagnon, de retomber dans ses bras?

Au-delà de ces effigies très médiatisées, nombreuses sont les compagnes et les épouses trompées qui, elles aussi, ont fait le choix de l’absolution, en dépit de l’équation communément admise selon laquelle infidélité = séparation.

On pourrait ’ailleurs dire que cette indulgence est tout particulièrement féminine. Selon une étude de l’Université du Pays basque menée en 2011, les femmes pardonnent davantage et mieux que les hommes après une trahison dans le couple. 63% d’entre elles sont ainsi disposées à passer l’éponge. Moins de la moitié chez les messieurs. «Dans ce genre de situation, elles se montrent plus protectrices et maternelles», explique Marie-Hélène Stauffacher, psychothérapeute et sexologue. «Elles vont pardonner à leur moitié comme elles le feraient envers un petit garçon. Et puis dans beaucoup de cas ce sont les autres femmes les vraies fautives. On les perçoit comme des tentatrices.»

Une dynamique de compétition qui aide parfois à soigner les blessures, à l’instar du constat fait par Christophe Fauré, psychiatre français auteur du livre «Est-ce que tu m’aimes encore?» «Certaines redécouvrent un attrait sexuel pour leur homme au travers du regard désirant de la maîtresse, une sorte de triangulation relançant la mécanique de séduction au sein du duo.»

A l’écoute l’un de l’autre

Pour d’autres, en revanche, dont les valeurs ayant trait à la famille sont fortes, la compréhension à l’égard de ce genre de dérapage sera bien moins grande. Idem si la relation s’est construite sur un mode de fusion totale où la moindre activité est vécue à deux. «Celles qui pardonnent ont en général une vision du couple qui n’est pas uniquement basée sur le sentiment, mais sur les projets à long terme, sur la construction d’un parcours de vie», précise Fabienne Robert-Nicoud, sociologue à l’Université de Neuchâtel.

On soulignera néanmoins que pour les femmes la décision de sauver ou non le couple dépend assez largement du type d’incartade commise. Et dans ce domaine, tout fonctionne à l’inverse des hommes. Une aventure d’un soir purement sexuelle? 76% des femmes sont prêtes à tourner la page, révèle un sondage réalisé par le site de rencontre Victoria Milan en 2014. Un chiffre qui dégringole à 35% chez les sondés mâles. Une histoire émotionnelle? Elles ne sont plus que 30% à vouloir poursuivre la route commune avec l’infidèle, contre 80% pour leurs homologues masculins. Le jeu de l’amour et du hasard… Mais pas que.

Car le comportement de celui qui a fauté joue énormément dans la balance au moment de faire la part des choses. «Mon compagnon me trompait souvent, raconte Sofia, 32 ans. Je lui ai pardonné quatre ou cinq fois, comprenant qu’il puisse avoir des faiblesses. Si j’ai fini par le quitter, c’est parce qu’il niait en bloc.

Il me faisait passer pour la folle dans l’histoire.» Mais lorsque l’attitude du partenaire est positive, à commencer par sa faculté à être dans la compassion et à reconnaître les faits, le retour de la confiance peut alors être rapide. «J’ai vu des couples conscients d’être passés à côté de la catastrophe et se retrouver au bout de quelques semaines, remarque Marie-Hélène Stauffacher. Ces personnes se sentent importantes aux yeux de l’autre et leur relation est viable.»

Entre l’amour et la haine

Reste qu’en amour, en dehors de la diversité des situations et des dommages perpétrés, le pardon demeure un travail sur soi. Son préalable? Accepter l’imperfection de la vie en couple. Faire le deuil d’un certain modèle romanesque qui n’existe que sur les plateaux de tournage de Hollywood.

«Beaucoup de femmes sont lucides en amour. A un idéal désincarné, lyrique, elles préfèrent un partenaire avec qui partager des activités et de la complicité», note Caroline Henchoz, sociologue à l’Université de Fribourg.

De son côté, Fabienne Robert-Nicoud voit même se profiler la tendance d’un «nouveau mariage de raison, au sein duquel les individus ne se veulent plus des adultes naïfs s’accrochant au rêve du prince charmant».

Absoudre l’autre implique aussi «de parvenir à gérer sa colère, qui est bien sûr une émotion inévitable, relève Christophe Fauré. Si on nourrit trop de ressentiment pour le fautif, on va s’octroyer le droit de le faire culpabiliser. C’est une logique de riposte qui peut devenir malsaine.» Trompée après vingt-cinq ans de mariage, Chantal a d’ailleurs choisi de tirer un trait sur cette trahison pour vivre mieux.

«Je l’ai fait pour retrouver ma paix intérieure. Même si, plusieurs années après, je me suis séparée de mon mari.

C’est le cœur qui accorde le pardon, mais le corps et l’âme ne peuvent parfois effacer la douleur causée par l’infidélité.

Dans ces moments, on se détache de l’autre presque naturellement, presque sans s’en rendre compte. Parce que parfois le pardon ne suffit pas pour continuer à aimer.» (femina)

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