Dans « chronique de ce temps qui passe », Le Diplomate, dans une récente livraison, évoquait justement ces journalistes qui ont osé braver les balles et les prisons pour garder leur liaison avec l’opposant historique. De toute évidence le Pr Alpha Condé était alors au premier rang des infréquentables et au fil de sa conférence de presse, il a fait observer qu’à part les paysans, de rares cadres comme Baidy Aribot, peu osaient aller vers lui. Cela dit, le Chef de l’Etat s’est fait plaisir de citer nommément des confrères qui l’ont entouré de leur attachement. Il s’agit de Serge Daniel, de Foday Fofana, respectivement correspondants de RFI et de BBC, Ben Daouda Sylla, correspondant d’Africa no1 et actuel Directeur général de la RTG Boulbinet, Sanou Kerfalla Cissé, président de l’URTELGUI et PDG du groupe de presse Afric Vision, Sékouba Savané, Directeur de la Nouvelle Elite et Tibou Kamara Directeur de L’Observateur.  

Sous le titre ‘’rendons à l’histoire, la réalité des faits !’’, Le Diplomate écrivait : « L’histoire récente de notre pays, en tout cas celle des années 90 à nos jours  suscite de plus en plus d’intérêt au-delà des causeries de salon et de café (…) Loin de vouloir verser dans la controverse, je souhaite tout simplement apporter une bien modeste contribution à la documentation sur cette émouvante tranche historique par des faits vécus et qui ont alimenté les colonnes de notre journal. J’avoue y avoir été poussé par ceux-là que je considère comme une avant-garde en l’espèce et journaliste de mon état, je m’y inscris plutôt comme historien du présent et donc en filigrane, celui du moment et de l’époque. Après tout, un témoin des années de braise qui s’est parfois retrouvé sur la ligne de tir et qui mesure aujourd’hui tout le risque encouru. Sans le moindre regret. »

« Sous ce rapport, je m’appesantirais sur des faits et gestes qui ont frappé ma petite expérience depuis le début de l’aventure démocratique sur nos terres. Là-dessus, comme les chroniqueurs se focalisent surtout sur le Pr Alpha Condé, je suis d’avis avec tous ceux qui lui font le procès de s’être entouré de nombre de ses persécuteurs d’hier. Mais par principe de la réalité, j’y vois plutôt la preuve du sens du pardon de la part d’un homme d’Etat.    Un adage de chez nous ne dit-il pas d’ailleurs que quand tu prends le singe qui a saccagé ton champ, si tu tentes de  le trainer partout il t’a fait passer, il finira par pourrir entre tes mains. Autrement dit, « aide-moi à gérer mes amis pour que je m’occupe de mes ennemis ». En relevant donc l’exemple que cultive à mon sens, le Chef de l’Etat, je rappellerai à certains des intéressés dont je tais volontiers les noms- que si la parole s’envole, l’écrit reste gravé sur du marbre. Et que pour eux, l’absolution ne vaut que pour ceux qui savent faire amende honorable (…) »

« C’est en 1993 alors en visite familiale, j’ai eu le premier contact avec le leader du RPG et malgré la vive tension, je couvris cette mémorable tournée.  C’est dans ce contexte que je vais découvrir le premier cercle des amis d’Alpha Condé au sein de la presse à travers Ben Daouda Sylla d’Africa n° 1, Serge Daniel de RFI et Foday Fofana de la BBC. Les deux derniers seront successivement expulsés par Alseny Réné Gomez à l’époque Ministre de l’Intérieur et de la sécurité. Mais le quatuor se reconstitua avec Ben Daouda Sylla, Tibou Camara et moi qui avions le privilège d’avoir de fréquents diners de travail avec le Pr Alpha Condé. En 1998, c’est notre équipe multimédia qui couvrit la tournée non-stop du candidat Alpha Condé à la présidentielle.  Je retrouve en l’homme son sens de l’écoute, car à chaque étape, il appelait un journaliste pour échanger avec lui. Après leurs démissions du journal  »L’Indépendant », Tibou Kamara et Sékouba Savané n’ont jamais conjugué le même verbe.  Et s’ensuit une guéguerre fratricide entre les deux. Pris dans l’étau entre d’une part Tibou Kamara et Sékouba Savané et de l’autre, Bebel, j’ai dû recourir d’abord à Boubacar Yacine Diallo pour intercéder, en vain. Et puis, j’en fis part au Pr Alpha Condé à qui, tous ont promis d’enterrer la hache de guerre sans jamais le faire. Par la suite, Salifou Sylla super V a aussi vainement tenté sa médiation. Quand éclate la grève de juin 2006, je me retrouve par un heureux hasard Place d’Italie à Paris aux côtés du président du RPG.  J’entendis un leader syndicaliste de premier plan lui annoncer au téléphone, l’échec du mouvement. Le Pr Alpha Condé attribua automatiquement cela à son absence du pays. Et sur le coup, il décide de rentrer au bercail pour s’attaquer aux préparatifs de la grève de 2007. A cet effet, il remobilise ses amis de la presse et multiplie les diners de travail qui pouvaient d’ailleurs durer jusqu’à 3 h du matin. Je dois souligner avec force que j’ai rencontré à plusieurs reprises Malick Sankhon au domicile parisien du Pr Alpha Condé. Et depuis, j’ai noté qu’il reste un fidèle parmi les fidèles (…) »

Sanou Kerfalla Cissé

Commentaires

1 commentaire

  1. On le sait, le métier de journalisme, s’il ne se ramène pas à la narration évènementielle, il ne lui est pas demandé de remonter à Mathusalem.Tout de même;, les années 90, années de braise, années des trente glorieuses de la « liberté de la presse », mais aussi de la loi anticasseurs ou de l’autocensure, ce n’est pas la préhistoire ! Justement, les journalistes qui osaient raser les murs tel que Ben Daouda Sylla (on se demande s’il n’est toujours pas dans un placard !), sont ou étaient les journalistes des médias publics : Horoya, RTG (« Ma télévision », comme disait Lansana Coné, mon argent, etc.). Il n’y avait pas qu’Alpha Condé en face du Général-président-Gomez-Hervé-Vincent-Salifou Sylla ! Il y avait « La Nouvelle République », il y avait « L’Espoir » du PRP avec Tayirou (un grand du journalisme qui n’a pas commencé ce métier en Guinée, « Le Patriote » du RPG où feu Malick Condé et le regretté Ahmed Tidiani Cissé, sous des pseudonymes, avaient rassemblé des plumes.. Passons. Le Lynx et entre les deux, « L’Indépendant », celui de Boubacar Condé et Saliou Samb (Reuters aujourd’hui), moins que celui de Titi Faye. Donc à part les morts, Sassine, Alhassane Diomandé, surtout Jean-Baptiste Kourouma, il y a des vivants et je ne m’amuserais pas à les citer : au Lynx, la vieille garde, il n’y en a plus beaucoup, certes : Hassan Abraham Keïta, Oscar (parti du Lynx), Doré, feu Amadou, l’increvable Bah Mohamed Lamine, évidemment, Souleymane « Gros Lynx » (qui avait déjà un sobriquet : « Souleymane Horoya, c’est dire si ce n’est pas là un autre incassable. Top Sylla, éternel électron libre, peut-être la plus belle plume journalistique guinéenne (il a étudié pour cela, à Dakar, là où il fallait. Surprise de taille : Mamadouba Dioubaté qui avait une super-intelligente émission, genre Club de la presse où il invitait des indésirables dont certains ci-dessus cités. Ce que le Pouvoir comprenant, il le parachuta rédacteur en chef, voyage en Égypte pour couvrir une mamaya diplomatique – en son absence, on mit Ben Daouda au placard -. Justin Morel Junior, Mohamed Salif Keïta, s’y prenaient autrement : ils invitaient des « hommes de culture » qui n’avaient pas leur langue dans une poche avide de francs glissants. La meilleure pour la fin, le titulaire de la subtile et acidulée « Lettre à monsieur le Préfet », Moussa Cissé aujourd’hui.. Je ne vous ferais pas l’offense de vous demander de le chercher.. dans le panier des bouffons actuels du Palais.
    Donc il y avait la presse libre, courageuse, il y avait la presse caporalisée, même s’il s’y trouvait des exceptions notables dont j’oublie le nom – comme ce poète journaliste de Horoya, (Goto Zomou ??). Il ne faut pas tout mélanger ;1) Presse libre et presse d’Etat,2) Anciens et nouveaux de cette presse libre qui risquaient aussi beaucoup, y compris leur vie. Tous les nouveaux « courageux » cités ou pas par Alpha Condé sont une génération de jeunes loups, venus après ou ayant fait leurs griffes sous l’œil vigilant des « anciens » dont on ne cite pas un. (Comme El Béchir très jeune à l’époque, peut-être, Bébel, moins sûr pour ce dernier). C’est vrai que Tibou a fait la tôle, mais c’est parce qu’il avait écrit une « intéressante brochure sur Conté qu’il en est sorti, je prends Kiri Di à témoin..Que ceux, qui sont nombreux, que j’ai dû oublier me pardonnent, je bois aussi le lait de l’amnésie nationale.

Laisser un commentaire