Plus on y pense, plus on est choqué. Le mercredi 25 février, une vendeuse de bananes a été violée par le supposé consul du Canada en Guinée. Depuis, l’opinion crie au scandale sexuel. Décidé d’aider à la manifestation de la vérité, un trio d’enquêteurs, a retracé les faits après un mois d’enquêtes auprès de la victime, de la justice, du médecin légiste, des affaires étrangères et de la Cour d’appel.

Pour reconstituer la scène, tout est parti, le mercredi 25 février vers 16 heures, selon les explications de la victime (F.F) quand tournant dans les rues avec un plateau de fruits sur la tête, elle a été hélée par le vigile du consulat du Canada en Guinée, Aliou Sané.

En s’y rendant, F.F., qui n’avait fait écouler que l’équivalent de cinq mille francs guinéens depuis sa sortie, n’imaginerait jamais qu’elle sortirait violée du consulat. Malheureusement, c’est le sort qu’elle y a subi. Dès son arrivée au portail, elle fut introduite à l’intérieur, non pas pour remplir des formalités d’immigration, mais contrainte à subir des ébats sexuels, moyennant, tenez-vous bien, 50 mille francs guinéens.

A sa sortie de la villa, tous les témoins ayant vu la fille ont juré qu’elle marchait avec peine. Désemparée, elle alla se confier auprès d’une vieille, qui l’a accompagnée à l’hôpital.

Ces détails précieux sont également confirmés par une source judiciaire ayant parcouru le rapport d’enquête. « Les OPJ ont fait un excellent travail. Ils ont décrit l’acte de pénétration avec détail. Quand j’ai lu la partie, j’ai été révolté. Le présumé auteur y est décrit comme un colosse la soixantaine face à une petite si mince et frêle », affirme-t-elle.

Sur la base du portrait décrit par la victime, il est dit que le présumé auteur serait un blanc avec une calvitie partielle sur la tête, des cheveux grisonnants et portant des lunettes.

Peu après l’acte donc, une plainte en bonne et due forme a été déposée depuis le 26 février dernier à l’escadron de la gendarmerie mobile numéro 18 de Cosa pour viol sur une mineure de douze ans. Le présumé auteur serait M. Philipp, supposé consul du Canada en Guinée, avec la complicité de son vigile, Aliou Sané, actuellement en détention.

Sollicité par nos soins pour déterminer s’il y a eu viol ou pas, un médecin légiste a confirmé dans un rapport du 26 février 2015 une « agression sexuelle avec une défloration hyménale récente ». Ce qui a permis aux gendarmes de saisir le tribunal de Dixinn.

Question : comment un viol qui s’est produit en février n’a été ébruité que neuf mois plus tard. Mme Sow Moussa Yéro Bah, chantre de la mobilisation contre les violences faites aux femmes, ne manque pas d’explications. « Le déclic, c’est l’affaire Tamsir. Depuis, il ne se passe pas un jour, sans que l’on soit saisi d’un cas de viol en Guinée ».

Dans nos tentatives de recoupement, Guinéenews© s’est rendu au tribunal de Dixinn. Malheureusement, le juge en charge du dossier est actuellement en stage aux Etats-Unis.

Contactée, une source proche du dossier a expliqué les multiples démarches qu’ils ont menées depuis le déclenchement de la procédure. « Je confirme qu’il y a eu viol, je ne mets même pas au conditionnel. Cependant, je rectifie que le dossier n’est pas coincé », déclare-t-elle.

Toujours selon cette source, la procédure traîne pour deux raisons. D’une part, le juge chargé d’instruire le dossier est en stage aux USA. D’autre part, la justice est confrontée à un problème : aucune poursuite ne peut être engagée contre le consul puisqu’il est couvert d’une immunité diplomatique. « Pour qu’il soit passible de poursuite, il faudrait que le pays d’origine lève son immunité ou alors demande son extradition ».

Au ministère des affaires étrangères, une source bien informée confirme que cette affaire a été discutée en conseil de cabinet en présence du ministre Loucény Fall, qui aurait instruit l’examen du dossier par la direction des affaires juridiques et consulaires.

Après analyse du dossier par les services compétents, les affaires étrangères ont découvert trois détails. Un : le présumé auteur du viol, M. Philippe, n’est pas consul du Canada en Guinée. Deux, les intérêts du Canada sont défendus en Guinée par Jean Laprade, consul honoraire. Trois, le mandat de ce consul du Canada en Guinée a expiré.

Ces détails ont été remontés par le ministère des affaires étrangères à son homologue de la justice dans une correspondance à la date du 25 avril 2015, a-t-on constaté.

Saisi à cet effet, le procureur général près la cour d’appel de Conakry a informé dans un autre courrier, le ministère de tutelle des « limites de l’immunité de juridiction pénale » découlant de la convention de Vienne du 24 avril 1963 sur les relations consulaires.

Il en est ressorti, d’après ce courrier, que la protection consulaire ne fait pas obstacle à l’arrestation et à l’accomplissement de tous les actes de procédure pénale, en cas de crime grave, comme c’est le cas du viol. En d’autres termes, M. Philippe peut être interpellé.

De retour à la Cour d’appel de Conakry six mois plus tard, le procureur général, Moundjour Chérif, a promis de relancer le dossier. Mais pour aller vite, il demande tous les détails relatifs à l’identité du suspect avant de lancer un mandat d’arrêt international.

La mauvaise nouvelle est que dès que M. Philippe a appris les démarches du ministère des affaires étrangères pour une éventuelle levée de sa prétendue immunité diplomatique, il serait discrètement sorti de la Guinée pour la Côte d’Ivoire.

Interrogé, l’avocat du consul ne souhaite pas commenter jusqu’à la fin de la procédure.

L’émission à cet effet: Vidéo: Les grandes gueules d’espace FM du 17 Novembre 2015 (Partie 1)

Depuis Guinéenews.org

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