Jeune artiste de 24 ans, lauréat du prix Découvertes RFI 2016, Soul Bang’s s’est déjà fait un nom dans le monde de la musique guinéenne. De son premier groupe formé à l’adolescence à son deuxième album prévu pour février 2017, le chanteur a su développer un style singulier, influencé par le r’n’b et les mélodies traditionnelles guinéennes.

À l’ombre d’un manguier, entouré de quelques proches et de ses collaborateurs assis en cercle, Souleymane Bangoura est sans cesse interrompu, salué par ses fans. Il sert des mains, pose sur des selfies, le sourire aux lèvres et la réserve d’un jeune artiste à peine perceptible. Dans son quartier de Coleah, où il a passé plus de 10 ans de sa vie, le chanteur est connu de tous.

Le temps des premiers morceaux avec son groupe de rap Micro Mega à Simbaya 1, en banlieue de Conakry, est bien loin. « À ce moment, je n’avais pas l’intention d’en faire mon métier », explique-t-il. Pourtant, sa carrière commence avec une reprise de Chris Brown. Un succès fulgurant. L’idée de vivre de la musique commence alors à faire son chemin, même si certains le taxent à l’époque « d’imitateur américain ».

Qu’à cela ne tienne, son premier album sort en 2011 : Dimèdi qui signifie « enfant » en soussou, la langue de son ethnie d’origine. Un an plus tard, en 2012, une mix-tape tourne sur les radios guinéennes, puis béninoises, ivoiriennes et sénégalaises. « À partir de cet instant, mon style a commencé à s’affirmer », poursuit le chanteur.

Puis, c’est sa rencontre avec le chanteur américano-sénégalais Akon qui va accélérer sa notoriété. Assis à la table d’un fast food de la capitale, il raconte : « Akon est venu à l’université de Conakry pour présenter son projet d’électrification. J’ai eu la chance d’être invité. Ce jour-là, de nombreux concitoyens m’ont connu. » Puis, il est interrompu par la serveuse, hilare. « Toi là, j’aime trop la musique que tu fais. Trop même ! » Le temps de faire quelques photos, postées quasi instantanément sur les réseaux sociaux, l’auteur-compositeur reprend sa place et son récit. « J’ai chanté une chanson avec Akon. Nous avons été ovationnés, puis tout le monde a réclamé un featuring. J’espère que cela se fera un jour. »

De R. Kelly à Craig David, de Salif Keita à Mory Kanté, les influences de Soul Bang’s sont variées. « Il est polyvalent. Il peut passer du rap au reggae », détaille son voisin et ami Abdoulaye Kanté. Fin connaisseur de la culture artistique de son pays, Souleymane est convaincu que les artistes guinéens gagneraient à être connus et ont un rôle à jouer sur la scène internationale. « La preuve, deux des finalistes du prix Découvertes RFI étaient des Guinéens », ironise l’artiste.

Il est vrai qu’à ce jour, seule une poignée de chanteurs guinéens sont connus du grand public. « Historiquement, il y a en tête le Bembeya jazz, orchestre national des années 1960 qui s’inspire de la culture mandingue, du jazz et de la salsa cubaine. Mais il y a aujourd’hui de nombreux artistes et sonorités totalement inconnus du grand public qui peuvent plaire en Afrique et dans le monde entier. »

Soul Bang’s s’inspire des mélodies traditionnelles comme le doundoumba ou le yolé. « Depuis deux ans, sur tous les morceaux, nous proposons une chorégraphie inspirée de ces styles, indique le chorégraphe Souleymane Sylla. Sur les clips, les danseurs font des pas simplifiés, mélange de hip hop et de danses traditionnelles. Tous les Guinéens peuvent suivre ces pas, les répéter dans les cérémonies, en boîte de nuit ou même dans la rue ! »

Autoproduction

Dans le quartier de Coronthie à Conakry, basket, capuche sur la tête et blouson de cuir, Soul Bang’s tourne son dernier clip. Derrière lui, une dizaine de danseurs révise leur chorégraphie. Marc, venu du Bénin où il dirige une boîte de production, filme en contre-plongée. Le réalisateur se déplace de gauche à droite, de haut en bas, il n’a pas besoin de travelling.

Le décor ? Le plus grand arbre de la zone et une rue du centre-ville de Conakry. Pas de grosses cylindrées ou de chaînes en or, ici, on préfère filmer les « mamas » qui bougent naturellement sur la musique, les cuisinières qui pilent les oignons ou les enfants par dizaine agglutinés autour de l’unique enceinte déplacée pour l’occasion.

Les moyens sont modestes. Depuis quelques années, Soul Bang’s s’autoproduit avec le label RnB boss music, avec deux autres artistes, Lil Baash et Manaba Kanté, la fille de Mory Kanté et … la femme de Soul Bang’s. « L’autoproduction en Guinée est un réel challenge. Rien n’est règlementé, notamment en matière de droits d’auteur. C’est un long et dur combat. »

Engagement

Le combat, c’est également le thème de ses chansons, se battre pour la jeunesse notamment. « Je ne veux pas faire de politique et je ne fais pas de politique, mais les jeunes sont incompris dans ce pays ! », s’exclame l’artiste. Contre le chômage, la pauvreté, le chanteur caresse le rêve de faire changer les choses en finançant une association pour venir en aide et scolariser les enfants des rues.

Lui n’a pas terminé l’école, il a fait le choix de se concentrer sur la musique. Un choix qui n’a pas toujours été validé au départ par ses proches et sa famille. « Aujourd’hui que toute la Guinée est fière de moi, ma famille me soutient, je n’ai pas de limites. Je veux montrer en Afrique et dans le monde entier ce que la Guinée fait comme musique. »

S’expatrier comme de nombreux artistes guinéens ? Hors de question, répond Soul Bang’s. Sur les lieux du tournage, les enfants s’agitent autour de la caméra. Au loin, la vedette discute avec quelques habitants du quartier. Marc l’interpelle. « Place-toi ici, au centre, pour faire un plan ». Soul Bang’s obéit, il chante sa musique urbaine, parmi les siens, dans la rue.

Par : Coralie Pierret RFI

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