Cette dame qui s’est éteinte ce 21 Février 2017 à l’âge de 91ans a été la première femme au monde à présider le Conseil de Sécurité des Nations Unies. C’était en 1972. C’est connu.
Mais beaucoup de faits marquants de la vie de cette femme, dont certains ont déterminé le cours de l’histoire de l’Afrique, sont encore peu connus.
En voici quelques-uns.
On ne sait pas par exemple, même au Sénégal, qu’elle a vécu dans ce pays, une grande partie de sa vie.
D’abord comme pensionnaire de la fameuse Ecole Normale de formation d’institutrice de Rufisque de 1940 à 1944 (Sa promotion précéda celle de Madame Annette Mbaye D’Erneville et de Mariama Ba l’auteur d’Une Si Longue Lettre). Puis de 1948 jusqu’en 1958, à l’indépendance de la Guinée.
Pendant cette période elle enseigne à l’Ecole des Garçons de la Médina (actuelle Ecole ALASSANE Ndiaye Alou) et milite à l’Union Démocratique du Sénégal (USD), section du Rassemblement Démocratique Africain (RDA) dont elle était membre depuis 1947.
Elle cite parmi ses camarades de l’UDS de cette époque Doudou Gueye, Abdoulaye Guèye, James Benoit, Thierno Ba, Rose Basse, Tiombé Samb, Maguette Diop..
Elle fut à la base des premières organisations de femmes au Sénégal, en  l’Afrique de l’Ouest et en Afrique.
D’abord en participant en Octobre 1954 au congrès de la Fédération Démocratique Internationale des Femmes (FDIF) à Asnières en France, comme déléguée de l’Union Démocratique du Sénégal. Puis en participant à la création en 1955 de l’Union des Femmes du Sénégal à côté notamment de Khady Sall, Thiombé Samb, Fatou Diarra, Virginie Camara, Aida Sarr Diop…
Puis dès 1958 elle travaille déjà, avec notamment Marthe Ouandié (épouse du leader de l’Union des Populations du Cameroun Ernest Ouandié et de Margeret Wambui Kenyatta , fille et non épouse de Jomo Kenyatta), à la création d’une fédération des femmes africaines.
Cette fédération ne verra le jour que le 27 juillet 1962 au Tanganyika, actuel Tanzanie. Toutes Les femmes d’Afrique, de l’Ouest, du Centre, du Nord et même des territoires d’Afrique Australe alors colonisés, y sont représentés.
Pour en arriver là, Jeanne Martin Cissé aura contribué  à mettre en place d’abord l’Union des Femmes de l’Ouest Africain   (UFO) constitué à Bamako le 23 juillet 1959 et qui comprendra pour la première fois, à côté de déléguées de pays francophones, celles du Ghana, du Nigeria, de la Sierra Leone et de la Mauritanie.
Puis elle travaillera à l’élargissement de l’UFO en organisation continentale qui sera actée par un congrès à Tunis en 1962.
En tant que présidente du Conseil de Sécurité des Nations Unies en 1972, Jeanne Martin Cissé aura permis la reconnaissance internationale des mouvements de libération d’Afrique en assurant le leadership du groupe africain qui obtiendra le statut d’observateur aux Nations Unies pour le PAIGC de Guinée Bissau et du Cap Vert, le  FRELIMO du Mozambique et MPLA d’Angola.
C’est en grande partie grâce à elle et Salim Ahmed Salim alors représentant permanent de la Tanzanie que l’Afrique donnera 26 voix (le plus important bloc de voix de l’organisation) à la République Populaire de Chine qui sera ainsi reconnue le 25 octobre 1971 comme membre permanent des Nations Unies.
En 1969 elle introduit Stokely Carmichael alors Premier Ministre des Black Panthers auprès de Sékou Touré qui lui donne la nationalité guinéenne et nomme la chanteuse sud-africaine Miriam Makeba son épouse porte-parole de la délégation de la Guinée aux Nations Unis. La Guinée établit ainsi après Kwame Nkrumah le lien entre les luttes des Africains Américains et celles des Africains. La Guinée dans le même temps donne une visibilité sans précédent à la lutte des Sud-Africains et au Congrès National Africain (ANC).
Ministre de l’Action Sociale, de la Promotion Féminine et de l’Enfance de 1976 à 1984, elle contribue avec les organisations des Nations Unies et avec la Norvège et la Suède à l’organisation de l’année internationale de l’enfance en 1979.
Elle tente de mettre en place à l’instigation du Président Sékou Touré une institution de prise en charge des plus pauvres…
En Avril 1984 à la suite de la mort de Sékou Touré et après le coup d’état de Lansana Conté elle est arrêtée et détenue, jusqu’en mai 1985, puis libérée sans avoir été jugée,
Elle vit à Dakar de 1985 à 1989. Le Président Abdou Diouf lui délivre un passeport diplomatique sénégalais. Elle reçoit le prix Aline Sitoe Diatta de l’organisation féministe Yewu Yewi.
Elle vit ensuite auprès de ses enfants aux Etats Unis de 1989 à 1998. Elle étudie pendant cette période et obtient un diplôme d’anglais.
En 2006 elle participe avec la veuve et les enfants de Sékou Touré à la première conférence des Clubs Ahmed Sékou Touré à Bamako.
2009 : elle publie aux éditions l ‘Harmattan son autobiographie qui est non seulement un compte rendu des moments les plus marquants de sa vie, au plan personnel et au plan politique, mais une description vivante de toute une époque.

abathily@seneplus.com

Par ALYMANA BATHILY pour seneplus.com

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