Silencieux depuis son départ de la mouvance présidentielle pour l’opposition, le richissime homme d’affaires, leader et député de l’Union pour le développement de la Guinée (Udg) évoque dans cette interview des questions d’actualité. Elhadj Mamadou Sylla se prononce entre autres, sur la récente composition du Cabinet du chef de file de l’opposition, dont il fait partie, et la suspension des manifestations de rue, ainsi que les communales à propos desquelles il accuse le chef de l’Etat de n’avoir pas la volonté de les organiser. L’opposant fait également une révélation sur un montant de plus de 12 milliards de FG qui l’oppose à Alpha Condé à qui d’ailleurs il prédit une fin de règne imminente.
Le Populaire: Le chef de file de l’opposition a composé son cabinet dont vous faites partie en qualité de conseiller. Quelle est votre réaction? Elhadj Mamadou Sylla: Je crois que c’est la fidélité de l’UDG, son expérience sur le terrain ainsi que sa capacité de mobilisation qui lui ont valu cette reconnaissance du chef de file de l’opposition. Non seulement, on a été désigné conseiller, mais si vous regardez le rang que nous occupons sur l’échiquier politique, ça veut dire que l’UDG est numéro 2 de l’opposition après l’UFDG avec nos 3 députés alors que notre parti n’a été créé que récemment. Quand on donne les résultats scolaires, on commence par appeler les meilleurs élèves, c’est ça le mérite. La composition du cabinet du Chef de file, sans avoir consulté auparavant l’ensemble des partis de l’opposition a suscité des polémiques. Qu’en ditesvous? Le chef de file de l’opposition m’a personnellement consulté. Je sais qu’il a consulté beaucoup de partis y compris le Pedn, le Bloc libéral, l’Ufc. Mais, je ne pense pas qu’on puisse consulter l’Ufr pendant qu’elle est de la mouvance présidentielle puisque ça concerne les gens de l’opposition. C’est une institution et je pense que Cellou Dalein est libre de prendre les gens susceptibles de l’aider. Il ne doit donc pas y avoir de problème par rapport à cela. L’opposition républicaine a suspendu ses manifestations de rue. Pensez-vous que cela puisse continuer tandis que les conclusions des Accords ne sont pas appliquées? Nous donnons une chance au gouvernement de respecter ses engagements. On a tenu une réunion au sortir de laquelle on s’est convenu de créer une commission pour faire des démarches auprès du ministre de la Justice qui va examiner nos revendications. S’il ne répond pas favorablement, en ce moment, on va descendre encore dans la rue parce que c’est notre dernier recours. Ceux qui sont morts ne sont pas morts pour rien. Ils sont morts à cause de nous tous pour libérer le pays. C’est pourquoi nous demandons au gouvernement de faire des enquêtes pour identifier les auteurs et les commanditaires de ces assassinats des militants de l’opposition. S’il ne le fait pas, il nous obligera de reprendre nos manifestations.
La Ceni a proposé la date du 4 février 2017 pour la tenue des élections communales. Est-ce tenable? La Ceni a fait une proposition et je pense que s’il y a une volonté politique, les élections peuvent avoir lieu à cette date. Mais ça peut être aussi un effet d’annonce si le président de la République n’a pas la volonté. Si c’est le cas,
ça va créer encore de tensions dans le pays. Vous voulez dire que c’est Alpha Condé qui n’a pas la volonté d’organiser les élections ? Bien sûr que oui ! Le président n’a pas la volonté. Sinon, pourquoi attendre que de gens meurent. Il a été élu avant Alassane Ouattara, mais la Côte d’Ivoire a organisé ses élections législatives et communales. Chez nous en Guinée, il a fallu que de gens meurent pour qu’on organise les législatives en 2013. Alors qu’en 2015, il n’y a pas eu de report de la présidentielle parce qu’il (Alpha Condé) avait la volonté d’organiser l’élection. On n’a pas besoin que de gens meurent pour qu’il y ait les communales. Après Boké, Kamsar et Kolaboui, les citoyens de la Haute Guinée, précisément de Kérouané et Beyla, réclament la tenue des promesses du chef de l’Etat. Que vous inspire cette recrudescence des manifestations violentes à travers le pays? Ces manifestations annoncent la fin de règne d’Alpha Condé. Cela veut dire que ce gouvernement n’inspire plus respect puisque la population n’a plus confiance en lui. Mais avant Boké, il y a eu la grève des élèves qui a fait 8 morts. Boké n’a demandé que de l’eau courante, du courant et de l’emploi. C’est le minimum. Dans les autres pays, on ne peut imaginer une région aussi riche que Boké, sans électricité. Cela veut dire que le pouvoir ne fait rien.
Vous étiez cité parmi les instigateurs de ces manifestations.?
Quand un pouvoir est à la fin de son règne, il accuse tout le monde. Je suis de Boké et j’ai investi là-bas. Je suis à Conakry ici personne ne m’a vu à Boké pendant les violences. Je n’y suis pour rien dans ces manifestations. Je pense que le président de la République devait dissoudre ce gouvernement pour composer un gouvernement d’union nationale avec l’opposition parce que ça ne va plus dans ce pays. Ce sont des communistes. Pour le communiste, lui, il ne fait jamais d’erreurs, c’est l’autre toujours qui est responsable
Après Boké, il y a eu le problème à la prison de Dabola, de Dinguiraye, de Siguiri où le maire a été chassé. Ensuite, Kérouané. Maintenant, c’est Beyla qui est enflammé. Si ça continue comme ça, bientôt ce sera dans la région forestière. Finalement, les populations vont dire: ‘‘merde au gouvernement’’ et ‘‘merde au président’’. C’est ce qui va se passer puisqu’aujourd’hui, Alpha est décrié même dans son propre fief électoral.
Si c’est Siguiri, Kérouané et Beyla qui se lèvent contre ce gouvernement, Alpha doit avoir des soucis.
Le directeur de la Cnss a déclaré avoir constitué une milice d’autodéfense de 25 00 à 3 000 personnes. Qu’en dites-vous?
J’avoue que je n’ai pas écouté directement Malick Sankhon. Je sais que la Cnss est une institution d’épargne. Mais aujourd’ hui, son directeur se met à construire des hôtels à Boké. Pourquoi un hôtel pour la Cnss? Est-ce que c’est les malades qui vont se coucher dedans? S’il construisait un hôpital pour traiter les travailleurs sur place au lieu de les évacuer, on n’allait tous s’en féliciter. Mais s’il est à la tête de tous les mouvements politiques, je crois que ce n’est pas cela sa vocation. Il ne devait pas se mêler de ça. Mais, je dis qu’il le fait avec le président de la République qui est son patron.
Dès que le président commence à bouffer avec ses travailleurs, il ne pourra plus les sanctionner. C’est pourquoi, tu vois des gens qui occupent des postes pendant longtemps jusqu’à ce que les citoyens manifestent pour qu’on les limoge, mais ils ne vont jamais quitter leur poste. Le chef de l’Etat ne va pas les limoger parce qu’ils bouffent ensemble. Si cette affaire de milice s’avère, alors, moi, je crois que le procureur est là pour ça.
Parce que quand même pour entretenir 2 à 3 mille personnes c’est beaucoup d’argent. Et l’argent-là vient d’où? Malick Sankhon qui quémandait le prix de l’essence aux gens, où il a pris cet argent?
S’il l’a pris à la Caisse, ça veut dire qu’elle est vide aujourd’hui. Il y a combien de temps que CBG ne cotise plus, parce que ce n’est pas sûr de laisser son argent entre les mains de gens qui en font un usage personnel. Quand les travailleurs font des accidents, il n’y a pas quelqu’un pour les supporter.
Nous avons appris qu’après votre départ de la mouvance présidentielle, certains de vos investissements ont été bloqués par le président de la République. Le confirmezvous ?
C’est vrai. Le président Alpha Condé à trouvé que l’hôtel de Kaloum était avec moi. J’avais un bail de 55 ans et les documents sont avec moi. Quand il est arrivé au pouvoir en 2010, il m’a dit qu’il voulait construire des hôtels pour les investisseurs qui vont venir. Il m’a demandé de lui céder l’hôtel de Kaloum pour qu’il envoie quelqu’un qui va y travailler. Je lui ai dit de me montrer l’investisseur pour qu’on puisse travailler ensemble au lieu de prendre avec moi et donner aux étrangers. Il a dit non que les étrangers ne voulaient pas comme ça. Il m’a ensuite dit que lui-même allait me payer. C’est ainsi qu’Elhadj Dembo Sylla qui était à la tête de Futurec est parti avec l’agent judiciaire de l’Etat et les ministres du Tourisme et de l’Habitat à l’époque. Le montant établi était de 12 milliards de FG et quelques. Le président m’a appelé pour me dire qu’il va me payer luimême.
On est resté dans cette situation jusqu’à maintenant. Là où je vous parle je n’ai reçu que 1 milliard 500 millions FG que Kassory m’a envoyé ici après que je suis allé à la Présidence fâché pour réclamer mon remboursement.
C’était même l’argent en espèces que Kassory m’avait remis. Il m’a dit que c’est le président qui lui a dit de me remettre l’argent. Vous savez, c’est cela la méchanceté. Si tu n’aides pas quelqu’un qui t’a aidé, mais rends-lui ce qui lui appartient.
Mais la méchanceté fait qu’il ne peut pas rembourser. Vous savez, lui, il veut que ses concurrents meurent. C’est ça sa politique, il n’aime pas que quelqu’un évolue. C’est le truc de communiste ça. Il se dit que quand tu es au même niveau ou plus, tu vas le terrasser. En plus de l’hôtel Kaloum, il y a les magasins où je stockais le riz importé à l’époque. Ça même, c’est Malick Sankhon qui a tout orchestré. Alors qu’à l’époque, il ne dormait pas tant que je ne dormais pas.
Quand il a eu l’accident ici, il a été chez moi à Dakar pour aller se soigner. Je sais même comment il appelait mon fils Bill Gates. Il mangeait chaque 19h dans le bol de Cellou Dalein. Qu’est-ce que Fodé Soumah n’a pas fait pour lui? Mais après la mort de celui-ci, il a mis ses enfants au dehors à Paris pendant la neige.
Dieu existe et il va arranger tout ça un jour. De toutes les façons on ne va pas mourir parce que lui il veut qu’on meure. On ne mourra pas aussi de faim. Ma famille ne mourra pas de faim, parce que c’est ce qu’il (Alpha Condé) veut voir.
Alors, que comptez-vous faire?
Rien ! Aujourd’hui, il a tous les moyens de faire tout ce qu’il veut, mais Dieu est grand. En 2020, il va partir inchallah et la vérité sera connue parce que celui qui va venir va instaurer la vraie justice. Au temps de Conté, Alpha Condé avait bénéficié d’une sortie de prison parce qu’il y avait une justice dans ce pays. Mais lui, il a oublié cela et il fait comme bon lui semble et il instrumentalise la justice à sa guise.
Réalisée par Abdoul Malick Diallo in le populaire

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