Un peuple qui oubli un pan de son histoire est un peuple qui végète dans l’ignorance. L’historien chroniqueur de radio-France internationale nous le rappelle chaque semaine en disant que « Nul n’a le droit d’effacer une page de l’histoire d’un peuple, car un peuple sans histoire, est un monde sans âme ». Ceci est d’autant plus vrai que notre histoire à nous guinéens commence à notre porte ; en fait, il n’y a pas de petits détails en l’histoire car elle n’est que la synthèse des détails.
Notre armée vient de vivre une réforme importante et historique qui a permis le renouvellement et le rajeunissement de l’effectif de notre armée. Sauf erreur de notre part, la quasi-totalité de la génération issue de cette réforme, n’a pas vécu l’agression du 22 novembre 1970. Il faut que les jeunes de la nouvelle armée, s’inspirent de leurs aînés et s’imprègnent des hauts faits d’armes de leurs prédécesseurs sur les différents champs de lutte à travers l’Afrique : Congo, Angola, Mozambique, Guinée-Bissau etc…C’est pourquoi, des détails comme celui qui va suivre, doivent être portés à la connaissance de la nouvelle génération.
Ce texte n’est pas exhaustif, car il y a beaucoup de choses à raconter sur les évènements du 22 novembre 1970. Tout jeune ayant 20 à 25 ans à cette époque, peut aujourd’hui témoigner d’une séquence de ces évènements. Celui que vous allez lire est l’un de ces témoignages. Ce n’est ni un procès-verbal d’audition, ni un rapport d’enquête. C’est une simple narration des faits tels qu’ils ont été vécus et perçus par moi-même.
Cette année-là, Conakry avait commencé à sentir les désagréments d’harmattan  venu de l’intérieur du pays profond, une perturbation climatique due certainement aux activités humaines sur son environnement. Cette période est caractérisée par des nuits très fraiches qui favorisent des sommeils très profonds. C’était en plus, un mois de pénitence où, la Guinée à 95% de musulmans, observait son mois de carême à l’instar de tous les pays musulmans.
Nous étions en 1970, un certain 22 novembre, en pleine ferveur  révolutionnaire du Parti-Etat, le Parti démocratique de Guinée (PDG). Nous n’avions pas de choix ; Jeunes, étudiants, membres d’office de la Jeunesse révolutionnaire démocratique africaine (JRDA), supposés être l’aile marchante du Parti ; ou vous vous occupé de la Révolution, ou la Révolution s’occupe de vous ; elle est globale, multiforme et transcendantale.
C’est dans ce contexte qu’ont lieu les évènements de novembre 1970. Les années qui ont précédé, les Autorités révolutionnaires, n’ont cessé d’alerter l’opinion nationale et internationale, sur l’imminence d’une agression ; pas une réunion des Instances du Parti qui n’en parlait ; la radio et la télévision d’Etat, n’ont cesse de préparer l’esprit de la population à la vigilance révolutionnaire.
Ce battage médiatique tout azimut eût un effet contraire ; la population a commencé à douter; aidée en cela par une certaine opinion intérieure que l’autorité a taxée de 5e colonne ; pour calmer votre enfant qui a faim, ne le fait pas peur par une peluche, sinon il finira par s’en accoutumer et n’aura plus peur.
Plus personne ne croyait à cette agression, et le citoyen ordinaire était convaincu que les responsables du Parti entretenaient cette supercherie pour détourner l’attention de la population sur les difficultés réelles du régime révolutionnaire. Les plus naïfs ont cru en cela. Cependant, les vrais acteurs, ceux-là même qui ont participé au montage interne et externe de cette conspiration, croyaient dur comme fer à la réussite de l’opération. Les services de renseignement du régime eux, ne dormaient pas non plus.
A chaque date présumée, l’autorité politique prenait le devant et dénonçait les agissements extérieurs des ennemis de la révolution. Ainsi, de dénonciations en dénonciations, comme le régime révolutionnaire savait en faire, les commanditaires de cette agression ont par souci d’échec patent pris du recul par rapport aux échéances ; les dates initialement fixées, furent régulièrement décommandées et reportées. De report en report, la population a fini par se lasser ; plus personne ne croyait en cette supercherie.
Le 22 novembre 1970, arriva ce qui devait arriver.
A 2 heures du matin, la population fût réveillée par des crépitements d’armes automatiques de guerre. C’était le mois de carême, la quasi-totalité des musulmans était au lit pour récupérer des fatigues de la journée de pénitence. Les quelques rares noctambules en avaient pour leur frais. Les plus naïfs comme moi, croyions d’abord à des exercices militaires comme l’armée nationale en a l’habitude. En 1967, à Kindia, au camp Kèmè-Bouréma, l’armée s’était livrée à de tels exercices, non sans avoir préalablementalerté la population ; il n’eût pas de panique ;les esprits étant déjà préparés à cet exercice. Mais ce 22 novembre 1970 fût une surprise totale pour la population de Conakry. Ce fût l’aboutissement d’une forte conspiration savamment préparée de l’extérieur par des forces étrangères coalisées, hostiles au régime révolutionnaire de Guinée d’une part, et des opposants guinéens qui n’ont jamais fait mystère de leur hostilité à l’endroit de l’orientation socialiste du régime guinéen.
Les premières rafales retentirent dans la haute banlieue de Conakry, aux alentours de la base militaire du P A I G C au quartier Minière et de la villa Bellevue, résidence secondaire du Président.Ce soir, le Président aurait joué au damier avec ses « camarades » tard dans la nuit, jusqu’à 23 heures, avant de « rejoindre » sa chambre.
A moins d’une heure de combats acharnés, tous les points stratégiques de la ville ou presque étaient sous le contrôle des assaillants. L’effet de surprise a joué son rôle et plus grave encore, l’erreur d’un mauvais choix stratégique a joué en défaveur des forces loyalistes. En effet, la peur des complots récurrents, la peur  de coups d’état, a contraint le Pouvoir à désarmer l’armée nationale au profit d’autres unités combattantes comme la milice nationale. Cette milice, du reste bien aguerrie et bien formée ne pouvait être partout à la fois. Cette donnée stratégique importante,  les agresseurs et leurs états-majors le savaient déjà.
L’agression du 22 novembre 1970, avant d’être une guerre franche, l’a été d’abord par le biais des services de renseignements de part et d’autre. D’un côté, les services de renseignements guinéens et leurs associés et de l’autre, les services de renseignements de l’Occident (Portugal, France, Allemagne).
Conakry s’est donc réveillé ce 22 novembre en pleine guerre, imposée par des forces extérieures coalisées, hostiles au régime politique révolutionnaire en Guinée, mis en place par le Parti démocratique de Guinée (P D G), Parti unique.
Les points stratégiques, prioritairement ciblés étaient le camp Samory, Bataillon du Quartier General ; le camp Alpha Yaya, le Bataillon autonome des troupes aéroportées (B A T A) ; le camp de la Garde républicaine (camp Boiro) ;la Base de la Marine nationale ;la Base de l’Aviation militaire ; la Base militaire du P A I G C de Guinée-Bissau, la Centrale électrique de Tombo ; la Voix de la Révolution (radio diffusion nationale) ; la Villa Bellevue, résidence secondaire du Président de la République.
Tous ces objectifs étaient atteints avant 3 heures du matin, sauf la radio diffusion nationale, et le camp Alpha Yaya le plus grand camp du pays.
Pour la radio diffusion, la baraka n’était pas du camp des assaillants ; ils n’ont pu localiser à temps les studios de « la  Voix de la révolution » ; par méprise, ils se sont plutôt dirigés sur les anciens studios de la radio nationale appelée autrefois radio banane, sise à l’angle de l’Avenue de la république et la route du niger, en face des magasins d’Etat Nafaya et Printania. J’ai été un témoin oculaire de cette séquence. C’était le weekend au mois de carême, je revenais d’une visite de chez mon ami Moussa Dembélé (paix à son âme) ; il était 22 heures, nous observions la présence d’une dizaine de « soldats » en tenue vert olive, s’affairant au portillon et à l’intérieur de la courde l’ancienne radio. En fait de soldats, c’était plutôt des mercenaires étrangers infiltrés dont la mission était de neutraliser la radio diffusion pour les besoins de la cause. Ils ont été intrigués par l’absence d’animations en ces lieux, aucun mouvement de Personnel ; ils ont cependant occupé les lieux, l’ordre militaire étant ce qu’il est, sous l’effet des amphétamines, ils n’ont pas eu le bon sens de comprendre que la grande « Voix de la révolution » qui a tonné et vibré en Afrique, ne peut être aussi moche et silencieuse. Au moment où ces mercenaires se rendaient compte de leur méprise, il était déjà trop tard. Le contingent cubain basé entre l’hôtel de l’Indépendance et le Port de pêche de Boulbinet, avait bouclé et sécurisé les vrais studios de la radio diffusion, qui n’était pourtant qu’à 500 m de   l’ancienne station.Si les assaillants, ce jour, avaient investi la « Voix de la révolution », l’histoire aurait tourné dans un autre sens.Il suffisait d’une simple déclaration des mercenaires sur les antennes pour que tout basculât.
Les mercenaires arboraient la tenue vert olive de l’armée guinéennepour se confondre aux soldats guinéenset, ainsi, tromper la vigilance de la population. Ce qui du reste, facilita la prise rapide par les mercenaires de tous les points stratégiques, à commencer par le Bataillon du Quartier General (B Q G) et le camp de la Garde républicaine à Camayenne.
Jusqu’au petit matin, c’était le silence radio ; la population est restée dans la confusion totale, à défautde communiqué officiel, partagée entre l’hypothèse d’un coup d’état et celle d’une agression étrangère. Les plus sceptiques ne croyaient ni à un coup d’état, encore moins à une agression venue de l’extérieur. Ils croyaient plutôt à une mascarade, un montage savamment préparé et exécuté par le régime en placepour justifier une éventuelle épuration politique. La population dans le doute, était loin d’imaginer l’ampleur et la gravité de cette agression. Pendant ce temps, des navires de guerre portugais, ayant servi au débarquement des mercenaires, stationnaient ostensiblement au large de la ville, des navires aux noms aussi révélateurs que la « Bombarda », l’ « Hydra », la « Montante », sans compter des dizaines de péniches de liaison.
Jusque-là, personne ne pouvaitparier sur le sort du gouvernement. Où sont-ils passés ces membres du gouvernement ? La ville de Conakry était sous le contrôle des mercenaires ; pas de mouvement, à part les véhicules de l’armée. Le Président de la République, responsable suprême de la révolution, est probablement en lieu sûr. Personne ne le sait encore ; Est-il tué dans sa résidence secondaire à Bellevue ? En tout cas, les plus pessimistes ne doutaient plus de cette probabilité puisqu’à 2 heures, les lueurs des flammes qui ont consumé la villa Bellevue étaient visibles de n’importe quel point de Conakry.
Le suspens a duré jusqu’aux environs de 7 heures  quand  enfin la « Voix de la révolution » ouvrait ses émissions par une importante déclaration du Président de la République, Responsable Suprême de la Révolution, Chef Suprême des Forces Armées.
Il informait le peuple, d’une voix nasillarde mais d’un ton ferme, la nouvelle situation qu’on vient de lui imposer. En substance, il a dit : Peuple de Guinée ! Tu es depuis ce matin à 2 heures, victime d’une agression armée, fomentée et exécutée par des Puissances étrangères dont le Portugal colonialiste sert de tête de pont. Des navires de guerre stationnent dans tes eaux territoriales, après avoir permis le débarquement des centaines de mercenaires drogués qui tuent et brûlent. Mais le Peuple se défendra et défendra sa Révolution jusqu’à la victoire finale ; les peuples épris de paix et de justice de par le monde, soutiendront la juste cause du peuple de Guinée.
La première réaction est venue du pays frère du Mali, en la personne du Président de ce Pays,Moussa Traoré qui a décrété la mobilisation des maliens en des termes tout à fait historiques que pathétiques, disait en substance que: « Le Mali qui a été le berceau des grands Empires africains ne peut rester indifférent à de tels affronts perpétrés par des forces étrangères sur un état africain souverain quel qu’il soit ».
Ce 1er appel du Président de la République a été perçu comme une délivrance de la population qui a repris espoir en apprenant que son Président est encore en vie et tient toujours la barre. Aussitôt, la mobilisation a commencé dans les Pouvoirs révolutionnaires locaux (P R L), correspondant aux quartiers de maintenant. L’élan patriotique s’était emparé de tout le monde, vrais comme faux révolutionnaires, jeunes et vieux, tous voulaient se battre pour laver cet affront. C’est dans cette euphorie, que mon ami Doumbouya, étudiant en pharmacie, a failli laisser sa peau au portail du Camp Boiro. Il a passé son samedi chez son tuteur au quartier Camayenne. Après avoir écouté le communiqué à la radio, il décida de rallier à pied le campus universitaire, en passant par la façade principale du camp Camayenne (Boiro). Il suivait un monsieur à 50 m de distance, sans tenue distinctive, un milicien sûrement, anonyme et motivé qui portait fièrement sa carabine 44 en bandoulière, à l’image d’un chasseur traditionnel, probablement en route pour la Permanence Fédérale de Conakry 2où les miliciens devraient être organisés en différentes brigades de riposte.
Les deux compagnons du moment ignoraient que depuis la nuit, le camp camayenne (camp Boiro) est sous le contrôle des mercenaires. Le milicien, enthousiaste à l’idée d’aller défendre la révolution, ne pouvait imaginer un seul instant, qu’à moins d’une minute, lui sera le N nième martyr de l’agression du 22 novembre 1970.
Arrivé à la hauteur du portail du camp, les mercenaires qui tenaient la guérit, sans sommation, l’ont fauché d’une rafale de mitraillette, à bout portant. Mon ami Doumbouya, quant à lui, surpris et déboussolé n’a eu le temps que d’implorer les mânes de son ancêtre Fakoly pour qu’il puisse retournersaint et sauf à ses cours de galénique ; il eût la vie sauve sans que lui-même puisse expliquer comment ?
Cet épisode dénote la barbarie et la lâcheté avec lesquelles, les mercenaires s’en sont pris aux pauvres innocents ; ils n’auraient pas dû tirer sur l’infortuné milicien parce qu’en réalité,fusil enbandoulière,sans munitions ; il n’était pas en position de combat ; il suffisait de lui retirer son arme  et d’en faireun prisonnier comme une  cinquantaine d’autres dont des membres du gouvernement déguisés déjà regroupés sous le mât à la place d’armes du camp.
Pendant ce temps, Conakry offrait le spectacle de la mort et de la désolation. En tous les points stratégiques ciblés, les corps gisaient le sol, pêle-mêle, civils et militaires.D’autres sont tombés sans même savoir pourquoi ils mouraient. Ils sont venus pour tuer et ils ont tué.
J’ai vécu particulièrement les combats aux environs du camp Samory, de 2 heures à 17 heures ausoirdu 22 novembre, lorsque les mercenaires furent définitivement vaincus.Malheureusement, le bilan était déjà trop lourd pour l’armée guinéenne. L’effet de surprise et la félonie des éléments internes, a défavorablement joué sur la réaction de l’Armée guinéenne. La rapidité avec laquelle les points stratégiques ont été investis par les assaillants a donné la preuve d’une trahison de certains éléments de la même armée. La suspicion s’est installée et tout le monde soupçonnait tout le monde ; cette arme a été plus redoutable que les grenades et les kalachnikovs des agresseurs,
Déjà, en face du camp Samory, gisaient des corps partout, d’officiers, de sous-officiers et de soldats tués depuis le petit matin (entre 2 h et 3 h du matin), qui ont passé toute la journée  exposés au soleil.
La 1ère victime au camp Samory, fût le bouillant inspecteur de police du nom de Kaba ; la Police étant en amont et en aval de tout évènement, ce jeune inspecteur était venu faire son « travail » comme tout bon policier, il était à la recherche de l’information auprès du Quartier General au camp Samory ; mais c’était trop tard, les assaillants venaient d’investir tout le camp. Au poste de police de la rentrée principale, ne doutant de rien, au volant de sa voiture, il exhibe sa carte professionnelle ; les mercenaires ne demandaient pas mieux, ils l’ont presque décapité d’une rafale de PM AK.
A côté, gisaient les corps d’autres officiers non moins importants de l’armée dont je ne retiens que deux noms, le Colonel Moriba de l’état-major de la Marine nationale et le Lieutenant Curtis de l’Intendance du BQG, et des dizaines  de corps de soldats anonymes tombés sous les balles de la perfidie. Dès le déclenchement simultané des attaques à 2 heures, en soldats républicains, ils refluaient vers les camps, sans armes, pour s’enquérir  de la situation et prendre des instructions auprès de la hiérarchie, ils furent fauchés dans l’obscurité par les balles d’un ennemisans visage. Ils sont tombés en martyrs de la nation.
C’était le même spectacle macabre dans tous les points stratégiques attaqués ; le Cdt Ousmane du camp Alpha Yaya a été abattu de sang froid dans sa Jeep WAZ de commandement à la rentrée principale du camp Boiro, sans savoir par qui ?A l’image du « milicien inconnu » abattu quelques heures plutôt.
Le Lieutenant Mara, officier major, détaché à l’université, à la tête d’une colonne d’étudiants volontaires, a subi le même sort en face du camp Boiro ; il était 11 heures ; pendant qu’il donnait les consignes de combat aux étudiants, un mercenaire perché sur le toit du garage du camp, l’a atteint d’une balle en pleine poitrine; il s’écroula, mortellement blessé. Transporté à bras le corps par les étudiants, à travers champs de manioc et de maïs, en passant par la cité des médecins, il rendra l’âme quelques instants plutard sur la table d’urgence de l’hôpital Donka.
Loin de les décourager, les étudiants prirent position sur le flanc sud du mur qui séparait le camp Boiro del’hôpital Donka,camouflés dans les plantations de manioc, sous le commandement de la milice estudiantine. C’est le moment de louer le courage et le mérite de ces étudiants qui,ce jour, ont pris un grand risque, en acceptant d’affronter les professionnels de la mort, aguerris et drogués dont la puissance de feu n’était pas comparable à celle des étudiants. Les étudiants bien que motivés, ne disposaient que de carabine 44 et quelques fusils SKS semi automatiques. Ils ont tenu là, jusqu’à 14 heures, à l’arrivée du renfort venu du camp Kèmè-Bouréma de Kindia, auquel ils se sont joints pour l’assaut final au camp Boiro.
Bravo à tous ces camarades, dont je ne citerai que quelques noms ; il s’agit des chefs de la milice de l’université, Chef PIVI, Jean Baptiste, Jean Pierre, Mamady 4 Keita, Filiba Traoré, Saa Kosso, youssouf Banaro, Saa Tolno et tant d’autres, avec une mention spéciale  à Jean Baptiste et Jean Pierre qui ont reçu des éclats de grenade pendant l’assaut final.
A l’hommage de ces étudiants, en reconnaissance de leur bravoure, le Président Ah. Sékou Touré  lui-même, leur dédia    un poème qu’il a intitulé la « Colonne des 90 »
Ce samedi, 21 novembre, comme tous les weekends, j’ai quitté le campus pour rejoindre mes cousins à Kaloum (Conakry I), où nous partagions à Temenetaye, une chambre à trois, un « entrer-coucher » étudiant ; Après la promenade habituelle qui a commencé chez mon ami Dembélé à Manquepa, nous nous sommes repliés à Temenetaye, tout juste en face du camp Almamy Samory, où une rue seulement nous séparait du mur du camp.
C’est de cette chambre que nous avons suivi tous les évènements de la nuit. Les mouvements des véhicules, les va et vient et les cris de détresses de soldats tombés dans le guet-apens des mercenaires. Les camions chargés de soldats sans armes arrivaient au camp Samory, dans l’ignorance totale de ce qui les attendait. Nous suivions tous les échanges de propos entre les mercenaires et les militaires loyaux. On entendait dire : phare ! Phare ! Les injonctions des mercenaires étaient très claires. Une fois le camion immobilisé, ils criaient au chauffeur, éteignez les phares ! Une fois les phares éteints, c’est des crépitements de mitraillettes et des cris de douleurs. Ceux des militaires qui ont pu miraculeusement échapper à ces exécutions, se sont faufilés dans les concessions adjacentes. Pour cette raison, le nombre de victimes était très élevé au camp Samory.
Mes cousins et moi, avions été réveillés par le bruit des rafales de mitrailleuses et des tirs de canons. Nous avons pris d’abord pour de la blague ; assis sur les escaliers, entre les rafales intermittents, nous nous lancions des plaisanteries. Brusquement, une voix à peine audible, retentit de l’obscurité ; Kamano ! …. Kamano ! L’inconnu avance vers nous, en titubant, atteint d’une balle dans le postérieur ; arrive à notre niveau et, fatigué s’affaisse sur les escaliers. C’était un militaire qui venait d’échapper à la boucherie du poste de police du camp et qui venait chercher refuge auprès de son amiKamano, réparateur  de motosqui logeait comme nous dans la concession.Il nous dit en bon soussou, qu’on lui a tiré dans les fesses. Sous l’effet de la douleur, il nous supplia de l’étaler sur la nattedans la cuisine, en face de notre chambre. Ce qui fût fait ; mais le blessé saignait beaucoup déjà.
C’est à partir de cet instant que mes cousins Saïba, Bozambo et moi avions compris que la situation était  plus grave. Il n’en fallait pas tant pour qu’on se barricadât dans notre réduit de chambre.
A 7 heures, les gens osent maintenantouvrir les portes ; les quelques locataires comme Kamano et nous commencions à sortir des maisons petit àpetit : le constat est pitoyable et désolant ; la cuisine et les toilettes de la concession sont remplies de militaires blessés et impuissants. Des Jeep de l’armée faisaient le tour du camp pour récupérer et évacuer ces blessés sur l’Hôpital  Ignace Deen.
Après plusieurs communiqués radiodiffusés, la population plus ou moins informée, savait désormais à quoi s’en tenir. L’effet de surprise passée, la résistance populaire avait commencé à s’organiser dans les Permanences du Parti, particulièrement au niveau des Bureaux Fédéraux de Conakry I à Kaloum et Conakry II à Dixin.
Mes cousins et moi avions décidé de nous replier sur la grande concession de Layekétaya, à deux cent mètres en face du camp Samory. C’est là où les parents  du village se retrouvent régulièrement les dimanches pour discuter des problèmes de notre communauté à Conakry.
Ce jour était un jour particulier, avec une animation particulière. Les autorités militaires avaient choisi cet endroit pour en faire un Point d’Appui et de départ dans la stratégie de reconquête du camp Samory.
A 11 heures, nous avons vu une Jeep et un camion militaire débarquer des armes et des caisses de munitions sous le commandement d’un certain Lieutenant Camus.
Enthousiastes et innocents que nous sommes, nous participions dans une insouciance propre à notre âge, au déchargement des caisses de munitions de tout calibre : des rockets de RPG 7 ; des grenades et des munitions de PMAK. En plus des militaires, il y avait pas mal de bénévoles civils constitués. La cour de la concession était remplie de caisses de sorte que pour accéder aux chambres, il fallait enjamber certaines. Nous n’avons évalué les risques encourus que le lendemain. Il suffisait d’un rien, d’une balle perdue par exemple pour faire sauter tout le carré.
La contre-offensive au camp Samory, n’a commencé qu’à 14 heures, après l’arrivée des renforts de Kindia et d’ailleurs. Mais auparavant, il y avait  beaucoup de tractations et de suggestions quant à la façon de déloger les mercenaires ; une petite cellule de crise s’était spontanément créée sur place où, même des civils avaient leurs mots à dire. Quelques membres du Bureau fédéral de Conakry I, en tête, El hadj  Mangaba, personnalité politique influente de Conakry I  étaient aux côtés des militaires. Un militant surexcité avait même suggéré qu’on demande au Président d’autoriser l’armée à user des MIG 21 pour bombarder tout le camp, y compris, mercenaires, militaires et familles en otage, sans discernement. Quelle proposition ? Quelle aberration ?
L’offensive a réellement commencé aux environs de 14 heures, sous le regard médusé de la population civile. Le contingent s’est divisé en deux colonnes ; chacune d’elles a longé un côté de l’avenue qui mène à la façade principale du camp Samory, solidement tenu par les mercenaires. Ils se sont battus, lentement et surement, en suivant les troncs de caïlcédrats, pied après pied, sous le commandement, semble-t-il, d’un certain Tiana Diallo, officier en disponibilité de l’armée. Ce monsieur, en pantalon Djean, torse nu, a impressionné plus d’un témoin par sa maîtrise du champ d’opération, son courage, et son sang-froid.
La progression était lente parce que ralentie par des tirs de barrage nourris. Les mercenaires avaient fortifié leur position au niveau du poste de police par deux batteries de mitrailleuse lourde, une à la rentrée principale, une autre sur le toit du bâtiment de l’intendance. D’autres étaient perchés dans les arbres, camouflés dans les feuillages. Il a fallu l’intervention des chars  pour venir à bout de ces mercenaires après 2 heures d’intenses combats.
Il était  17 h, quand le combat cessa faute de mercenaires ; ils ont tous préféré mourir que de se faire prisonnier ; nous avons encore été témoins du décompte macabre des corps, ceux des mercenaires en lambeau, affublés de gris-gris soi-disant anti balle; Des grappes d’amulettes au cou, au bras, au hanche, partout où cela est pendable. Ils portaient tous, des amulettes, sans exception. C’est pourquoi il y a peu de prisonniers. Ils croyaient être sous la protection de leurs fétiches.Mais tu ne vois pas la balle qui te tue, tu ne l’entends pas, tu ne le sens pas non plus.
Au courant de cette journée, il y a deux faits qui ont particulièrement marqué l’attention des profanes que nous étions ;le sergent Doumbia, chauffeur de l’ambulance du camp, rentrait et sortait du camp librement sans être inquiété, ni par les mercenaires, ni par les loyalistes. Ensuite, le colonel Namory Keita, au plus fort des combats, a pu se dégager de son statut d’otage, au volant de sa Jeep de commandement, franchir les contrôles, y compris le poste principal, sortir du camp sans être arrêté, avant de rallier les loyalistes.
Un vieil adage qui dit que «  tout est bien qui finit bien ». Tous les points stratégiques sont repris et son sous le contrôle des forces révolutionnaires loyalistes. Le camp Samory a été le dernier, réduit.
Une mention spéciale doit être faite au commando de mercenaires qui devait attaquer les installations aéroportuaires, détruire tous les aéronefs militaires et civils. Le commando est bien arrivé sur les lieux, commandé par un certain  Lt  Jean Jannuaro Lopez.Il ne restait plus qu’à actionner les lance-rockets. Mais le chef des commandos dans un sursaut nationaliste et panafricaniste, a renoncé à l’exécution de la mission. C’est pourquoi, les infrastructures et les équipements de l’aéroport n’ont pas été détruits.
Les avions de la Compagnie Air Guinée, les MIG de l’aviation militaire furent ainsi épargnés. Le commando s’est rendu avec armes et bagages sans se battre.
Jugé par le tribunal révolutionnaire, les membres de ce commando ont dû bénéficier de circonstance atténuante pour leur option patriotique.
Ceux d’entre eux qui seraient encore vivants, ici ou ailleurs, doivent être honorés et décorés par la plus haute Institution de notre pays. C’est un avis personnel et cela n’engage que moi.
Personne n’était mieux placé que le Responsable suprême de la révolution, le Président Ah. Sékou Touré, pour résumer cette tragédie du 22 novembre 1970.
« Le peuple a défendu la révolution et Dieu l’a sauvée »
Elhadji Sogbè Mady Camara,Ingénieur Agronome à la retraite
PS : Retenez qu’elhadj Sogbè Mady n’est plus de ce monde,il est décédé le 22 decembre 2015 à Conakry.

C’est une remise en ligne 

Paix à son âme ! Amen 

 

 

 

Commentaires

2 COMMENTAIRES

  1. Cette date est comme le 28 septembre, le 2 octobre dans l’histoire de notre pays. Mais si nous refusons de dire la vérité à la jeune génération, on finira par transformer notre histoire en légende. Les faits sont là évidents pour quelle raison doit-on les nier. On se souviendra toujours de cette barbarie ignoble rien que pour la conquête du pouvoir. Que les victimes de cette nuit sanglante aient le paradis pour leur repos éternel. Amen

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