Les Maliens rapatriés de la Libye, la semaine dernière, sont arrivés à Bamako le cœur meurtri. Ils étaient une centaine de personnes, dont cinq mineurs qui ont été pris en charge immédiatement par les médecins de la protection civile.
Ils ont, certes, retrouvé leur pays, mais il y a des souvenirs qu’ils ne sont pas prêts à oublier et qui les accompagneraient toute leur vie. Comme c’est le cas chez Aliou Barry qui est de la Région de Kayes. Le pire c’est qu’ils étaient en plus torturés par leurs frères africains pour des intérêts pécuniaires.
La tristesse se lisait sur les visages. Certains sont couchés au sol parce que souffrants, affaiblis, d’autres sont assis avec les regards perdus, traumatisés par les faits durement vécus. Par contre, il y en a qui ont pu dissimuler leur chagrin. C’est le cas de ce dernier surnommé « champion » par ses compagnons de fortune. Tout souriant, il répond à la question de savoir quel est leur état d’âme : «Tout le monde est au courant de ce qu’on a vécu. La souffrance, n’en parlons même pas ». Pour eux, les conditions de  la détention en Libye étaient tout simplement le comble. Selon leur version des faits, c’était une vie d’esclavage pure et dure. En plus des souffrances infligées par les Arabes qui les détenaient en prisons, les migrants subissaient aussi des tortures de la part de leurs propres frères  africains. «Ce qui me faisait mal de plus c’est qu’on était aussi torturé par notre frère «Black». Par exemple, si tu es Malien c’est ton frère malien qui  te fatigue. Ils nous branchent le courant électrique dans les yeux et sur la langue…», raconte  Aliou Barry, un jeune originaire de Kayes, âgé d’une vingtaine d’années.  Et il poursuit : « L’Arabe peut te demander 2000 dinars, ton frère africain va te demander 500.000 francs CFA que tu vas virer dans son compte. Il donne 2000 à l’Arabe et lui il  300.000». Aliou Barry, avec yeux rouges, cheveux crépis, confie également  que ça lui fait maintenant trois mois qu’il ne s’est pas lavé. « Ça fait pitié, ça fait pitié », dit-il.
Après tant de calvaires, ces migrants de retour au bercail ne conseilleraient à personne de tenter de rentrer en Europe par la route.
Ces migrants maliens sont les premiers rapatriés au pays depuis l’éclatement de l’affaire dite des migrants vendus en Libye.  Par an, ils sont des centaines d’aventuriers à vouloir traverser à tout prix la méditerranée pour aller en Europe. Certains sont abandonnés dans le désert et d’autres meurent par noyade sur la mer.
Adama A. Haïdara : LE COMBAT

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