Et Soumah Aboubacar céda. Annulation de sa nomination à Dinguiraye ? On n’en parle pas. Rétablissement immédiat de la valeur monétaire du point d’indice ? Ça sera échelonné, comme cela a été prévu dans l’accord signé par sa centrale syndicale. Augmentation des salaires des enseignants à huit millions ? Et puis quoi encore ? Circulez citoyen, y a rien à voir !

Un mois de retard dans les cours pour les élèves de Conakry, trois morts, une fillette violée, des blessés graves, des véhicules caillassés et des tronçons routiers endommagés par des pneus brûlés pour en arriver là. A rien. Ni pour les enseignants, ni pour les autres fonctionnaires, ni pour les travailleurs du privé, ni pour les autres guinéens qui n’avaient absolument rien à voir, ni à gagner avec les revendications de Soumah et compagnie.

Alors tout le monde est perdant ? Non. Comme d’habitude, certains arrivent toujours à profiter de toutes les situations. Voici ceux pour lesquels cette grève a été une aubaine :

D’abord les radios privées. Pour leurs propriétaires il s’agissait de se faire un audimat et régler ses comptes avec ce gouvernement qui veut les museler et les obliger à payer leurs redevances. Pour les journalistes, c’était l’occasion idéale pour se forger une image de journaliste courageux et rebelle. C’était également un moyen de susciter une réaction du gouvernement à son encontre de manière à justifier demain un statut de réfugié politique dans une capitale occidentale. Bonjour le visa. Et voilà lancé le concours de celui qui sera le plus grand soutien à la grève et le plus grand pourfendeur du gouvernement.

Ensuite la société civile. C’est sans doute dans cette catégorie qu’on trouve les meilleurs spécialistes de la récupération. Ces ONG, qui parfois tiennent à peine dans un cartable, adorent ces crises sociales qui leur donnent l’occasion de se poser en garants de la paix sociale et sauveurs de la nation. Leurs médiations deviennent des trophées ou des étoiles (comme sur les maillots des footballeurs) et sont ensuite chèrement monnayées auprès des bailleurs de fond internationaux pour devenir leurs partenaires dans la gestion de juteux projets en Guinée.

A ce jeu, Abdourahmane Sanoh de la PCUD est largement en avance, lui qui avait réussi à charmer les centrales syndicales CNTG et USTG pour les attirer dans sa plateforme. Il s’est immédiatement rangé du côté des dissidents de ces centrales quand il a compris qu’il bénéficierait ainsi d’une plus grande exposition médiatique.

Enfin les politiciens. Cette catégorie se subdivise elle-même en deux groupes. Le premier est constitué par l’opposition qui ne demandait pas mieux qu’une bonne crise pour affaiblir la mouvance présidentielle. Le deuxième groupe est celui des politiciens de la mouvance (alliés ou rpgistes) qui se servent de ces crises pour démontrer au Président de la République à quel point ils lui sont indispensables pour lui assurer une gouvernance apaisée. Si par la même occasion ils parviennent à étaler l’incompétence d’un ministre pour prendre sa place, c’est encore mieux. K2 échappera-t-il à la purge ?

Ces trois catégories ont un intérêt commun : plus la crise dure, plus elle fait de victimes, plus elle affaiblit le Gouvernement et plus elle est bénéfique pour eux.

Voilà ceux à qui la grève de Soumah  Aboubacar a profité.

Alors qui sont les perdants ? Tous les autres. A commencer par vous qui avez pris cinq minutes de votre temps pour lire cet énième article sur une grève qui vous a pourtant déjà coûté un mois d’embouteillages, de journées de travail, de recettes et de stress. A très bientôt. Dans deux mois. Avec Soumah et compagnie.

Fodé Sylla 

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