Au moment où les réseaux sociaux s’enflamment sur la technique de lecture de certains de nos ministres, nos députés quant à eux adoptent une loi des finances qui amoindrit le pouvoir d’achat du travailleur guinéen. L’approbation d’une augmentation de la RTS dans les circonstances actuelles est surprenante, voire totalement décalée de la conjoncture.
 En Guinée on aime à discourir sur des futilités quand même notre dur quotidien étreint nos cerveaux. Les réseaux sociaux chicanent depuis plusieurs jours sur la technique de lecture d’un écolier de ministre, qui rivalise désormais avec un alter ego parlementaire et un autre collègue à l’air potache.  Au même moment, le gouvernement et l’Assemblée Nationale fricotent pour spolier des travailleurs qui perçoivent depuis toujours des salaires de lance-roquettes.
La nouvelle augmentation de la retenue sur les traitements et salaires (RTS) s’explique difficilement quand, ailleurs dans le monde, la tendance est à la baisse des charges sur le salaire, les ménages et les entreprises ; l’objectif à terme étant d’encourager la consommation et par ricochet la croissance. Malheureusement chez nous, on assiste depuis deux ans à une augmentation substantielle de la pression fiscale. L’impôt sur les sociétés est passée à 35%, quand la TVA elle-même a été hissée à 20% ! Le gouvernement s’est bien vite rendu compte du coup de massue ainsi asséné à nos exportations dans un environnement concurrentiel avec les pays de la sous-région, spécialement ceux de l’espace UEMOA. Mais le mal était déjà fait.
Aujourd’hui c’est un nouvel essai, comme celui d’une bande d’apprentis économistes qui vise certes à renflouer les caisses de l’Etat, mais à quel prix ? Le hic dans l’affaire est que la représentation nationale laisse toujours passer ce sophisme gouvernemental, qui ponctionne ainsi sur le revenu déjà famélique du travailleur guinéen tout en maintenant à flot le train de vie hydrocéphalique d’institutions dont l’utilité et l’efficacité restent à démontrer.
Cette hausse de la RTS est un signal diffus en direction de ceux qui croyaient que la Guinée deviendrait d’ici peu un eldorado, grâce aux milliards de dollar promis par les amis orientaux et occidentaux du président. Sinon comment comprendre qu’après le retour à un nouveau programme avec Breton Woods, l’annonce de 20 milliards de galettes chinoises (dont une partie immédiatement décaissable en 2018), et surtout cet engagement de financement généreux de 21 milliards de dollars de Paris, l’Etat ne pense subitement qu’à prélever encore plus sur les salaires ?
Peut-être bien que la bonne explication se trouve là.  On sait qu’à partir du premier trimestre 2018, le gouvernement devra systématiquement revoir à la hausse les salaires des fonctionnaires. Cette mesure se fera alors en application d’accords arrachés aux forceps par les centrales syndicales. On peut donc y voir clairement une manœuvre subtile visant à reprendre un peu avec la main gauche ce qu’on a cédé avec la droite.
La seule chose qu’ont oubliée les députés et le gouvernement, c’est qu’on appauvrit ainsi le travailleur qui en perdant jusqu’à 20% en RTS, perd encore plus avec une inflation certes modérée à 8%, mais dont la tendance reste à la hausse. Mais comme le disait Goswin Stassart, « l’impôt le plus onéreux n’est rien en comparaison du mal que fait à ses peuples le souverain qui confie les emplois publics à des hommes ineptes, faibles ou sans probité. »
 Mohamed Mara

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