Des ressources exceptionnelles, mais la moitié de la population qui vit en dessous du niveau de pauvreté. La Guinée n’est malheureusement pas le seul État africain à ne pas réellement jouir de ses richesses, et la situation pourrait bien s’aggraver. En effet, sa dépendance vis-à-vis des entreprises minières chinoises  en particulier dans le secteur de la bauxite s’accroît dangereusement et le Gouvernement affirme depuis quelques semaines son intention de mettre en œuvre des règles plus strictes. L’État guinéen sera-t-il plus fort que les intérêts chinois? Les raisons d’en douter sont nombreuses.
La mondialisation ne cesse d’affaiblir le pouvoir des États-nations. En Europe, les gouvernements s’inquiètent de la montée en puissance des géants de l’internet : tout-puissants, ces grands groupes américains s’affranchissent des législations fiscales et sont largement intouchables par le pouvoir politique. En Afrique, de nombreux pays doivent se développer et attirer les investisseurs étrangers sans se faire dépasser par l’emprise des multinationales. La Guinée est aujourd’hui à un carrefour important de son histoire économique. Soit elle dicte et fait respecter ses conditions aux entreprises présentes sur son sol, soit elle capitule face à la promesse de dollars faciles pour ses dirigeants, mais sans retombées positives pour les populations.
Vers une exploitation plus raisonnée de la bauxite?
Alpha Condé, président de la République de Guinée a récemment déclaré que son pays avait pour vocation de transformer sur place les matières premières issues de son sous-sol et « que tous ceux qui exploitent la bauxite en Guinée seront obligés de construire une usine d’alumine, car, nous ne pouvons pas être seulement fournisseurs de bauxite sans aucune plus-value ». Le cap est fixé et il est clair. La Guinée ne doit plus être une mine à ciel ouvert pour les multinationales, mais une économie capable de travailler ses matières premières et de faire entrer dans la boucle une population guinéenne trop souvent mise de côté.
La bauxite est le principal secteur visé, car ce minerai — élément de base de l’aluminium — est aujourd’hui largement exploité par des entreprises étrangères et en premier lieu chinoises. Les ressources du pays sont extraordinaires puisqu’elles représentent 50 % des réserves mondiales. Tous les groupes spécialisés dans la production de la bauxite ont donc légitimement les yeux tournés vers la Guinée. Le marché est dominé par la Chine dont les besoins annuels devraient dépasser les 50 millions de tonnes par an. Les mastodontes que sont Chinalco et China Hongqiao Group se sont implantés avec force en Guinée et ont signé des contrats avec le Gouvernement pour extraire dès 2018 respectivement 40 millions et 22 millions de tonnes de bauxite chaque année.
La manne financière issue de ces contrats où les investissements se calculent en centaines de millions de dollars devrait avoir un impact très positif sur les populations locales. Mais c’était sans compter sur la manière dont les groupes chinois travaillent dans les pays africains. Ils font généralement appel à leur propre main-d’œuvre quand des milliers d’Africains se retrouvent sans emplois même quand ils vivent à proximité immédiate des sites exploités. La ville de Boké, en Guinée, a vu monter les tensions depuis quelques mois jusqu’à l’explosion d’émeutes fin avril 2017 à cause des pratiques des entreprises chinoises qui extraient la bauxite dans la région.
La ville est lourdement frappée par le chômage et des milliers de Chinois sont importés pour travailler dans les mines. Les violences ont fait deux morts et rappellent les mouvements de révolte qui ont secoué le Ghana il y a quelques années où l’exploitation aurifère par des compagnies chinoises s’était aussi soldée par l’arrivée de milliers de ressortissants chinois au détriment des Ghanéens. Finalement excédées par tous les problèmes engendrés par l’afflux massif de travailleurs chinois, les foules s’étaient emparées de régions entières provoquant le meurtre de plusieurs immigrants et le retour au pays de milliers d’entre eux.
Pour éviter ce type de dérives, la Zambie dont l’économie repose en grande partie sur l’exploitation du cuivre a introduit dans la loi l’obligation pour les entreprises minières étrangères de se fournir en matériel auprès de groupes zambiens à hauteur de 9 %. En plus de vouloir inclure les industries locales dans le circuit économique, le Gouvernement a mis en œuvre un vaste programme de préservation de l’environnement soutenu par la Banque mondiale qui injectera 65 millions de dollars. L’objectif est notamment de stopper la pollution des rivières et nappes phréatiques touchées par le plomb.
Une pollution dramatique pour l’environnement et les Guinéens
La Guinée, elle, a plutôt tendance à suivre le même chemin que le Ghana surtout si d’aventure le Gouvernement ne parvenait pas à mettre de l’ordre dans les opérations des sociétés chinoises. Une menace d’autant plus importante que la pollution se fait déjà fortement ressentir dans les localités où la bauxite est exploitée. Les produits chimiques sont largement utilisés pour extraire le précieux minerai et l’environnement est gravement atteint par des doses démentielles de métaux lourds et de cyanure. L’exploitation est complètement débridée et rappelle les tristes conséquences déjà visibles en Malaisie et en Indonésie — deux pays qui avaient attiré l’appétit chinois pour la bauxite avant que la Guinée ne lui fasse tourner la tête. Si le pays africain est autant convoité, c’est aussi parce que les deux pays asiatiques ont interdit l’exploitation de la bauxite dès 2014 et 2016 afin d’enrayer la terrible pollution dont souffrent encore l’environnement et les populations.
Les compagnies chinoises qui exploitent le sous-sol guinéen sont les mêmes qui étaient présentes en Malaisie et en Indonésie et les techniques mises en œuvre n’ont malheureusement pas changé. Le président guinéen a souhaité rassurer ses compatriotes en affirmant que les choses allaient bientôt évoluer : « Il n’est pas normal que certaines sociétés minières continuent à faire rouler des camions avec beaucoup de poussière parce que c’est contraire au principe de bonne gouvernance qui est la protection de l’environnement ». Si le constat est sage, il manque encore cruellement d’application sur le terrain et les chances de voir le pouvoir guinéen faire plier les entreprises chinoises sont minces.
La diplomatie.fr

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