Je me rappelle toujours mes premières élections à titre de spectateur. Et je crois que je suis resté, depuis lors, un spectateur résigné de la tragédie électorale en Guinée.
C’était lors des élections communales, au début des années 1991. À l’époque, je sortais de l’enfance pour découvrir petit à petit le monde des adultes et ses turpitudes.
Ces campagnes avaient les allures d’un folklore en deux parties bien huilées. Les listes des candidats avec leurs slogans étaient placardées partout à Conakry. À tour de rôle, sur presque un mois, les candidats à la mairie prenaient d’assaut nos communes pour siphonner le vote.
Les visites des partis (PUP, RPG, PRP, UNR, UPG, ect…), toutes catégories confondues, se ressemblaient à s’y méprendre, même si les enjeux locaux et nationaux différaient. Au premier rang de n’importe quel cortège politique, on avait droit à un candidat tout sourire entouré de ses proches, de notables ou des personnalités du parti.
Derrière ces têtes d’affiche, une horde de pros des campagnes électorales bien rémunérés criaient à tue-tête le nom du candidat, ses ancêtres, sa tribu, son parti et ce qui s’apparentait être son programme, une liste d’épicerie alléchante déclinée en des promesses populistes invraisemblables. Et ça marchait!
Un seul candidat, une seule candidate devrais-je dire, avait retenu mon attention… Madame KABA Rougui Barry alias RBB… celle qui se définissait comme une guinéenne tout court : père peul, mère soussou, époux malinké…
Dans ce brouhaha loufoque, les cris de joie se mélangeaient alors aux chants patriotiques, au vacarme des klaxons et aux slogans répétés à n’en plus finir pour glorifier le candidat et dénigrer ses adversaires.
Puis venait le temps des promesses psalmodiées par le candidat en personne dans un porte-à-porte minuté au quart de tour. La totale.
Tout ce qui manquait à nos localités depuis la nuit des temps se retrouvait parmi les promesses de presque tous les candidats avec un engagement solennel d’être exhaussé en un claquement des doigts.
L’électeur étourdi avait la conviction que son quotidien était sur le point de subir une transformation extrême rapide: l’accès au travail, aux services sociaux et de santé, à la baisse des prix des matières de première nécessité, à des rues, des écoles, des espaces verts ou des stades flambants neufs, ainsi qu’à des services municipaux dignes et tout le tralala qui va avec.
Hélas, le jour d’après l’élection, tout s’évaporait. Vaine chimère.
Se mettre au service de la population de sa commune n’est pas simple, c’est une activité difficile. Construire l’intérêt général avec en face de vous,  des gens qui ne voient que leur intérêt personnel est un challenge qui peut déranger certains. Mais nous, jeunes, avons un avantage : nous sommes jeunes et nous avons tous notre but à marquer.
Allons-nous, à jamais, rester partagés entre l’espoir d’un nouveau monde, malgré les incertitudes dont il est porteur, et la crainte de perdre les acquis auxquels nous croyons ?
Où sont les rêves que certains murmuraient déjà presque à haute voix? Peut-on encore sentir derrière les mots et les discours le frémissement des espoirs imminents, des changements à venir?
Nous refuser le droit de participer véritablement à la prise de décisions constitue une violation flagrante de nos droits fondamentaux et un échec du processus démocratique. C’est aussi gaspiller le capital humain susceptible de faire avancer notre pays sur la voie du développement.
Dans chaque coin du monde, les jeunes sont les moteurs du changement dans le sens d’un avenir meilleur pour tous. Ils dirigent l’action collective sur le changement climatique, font campagne pour mettre fin à la discrimination, défendent à haute voix la démocratie et la liberté d’expression, connectent notre monde grâce aux innovations dans la technologie de l’information, et consolident la paix dans les sociétés ravagées par la guerre.
Nous sommes aujourd’hui plus instruits et nous nous portons plus fréquemment volontaires pour servir une cause que les générations antérieures. Nous constituons aussi une force décisive s’agissant de rendre compagnies, organisations et gouvernements plus ouverts sur la société et plus sensibilisés à l’environnement.
Se hisser au sommet des plus hautes fonctions d’une nation n’est désormais plus un rêve réservé aux sexagénaires et plus. De nombreux pays placent à leur tête de jeunes leaders souvent talentueux. La jeunesse et la fougue remplacent peu à peu la sagesse et l’autorité, longtemps associées aux potentats mûrs, voir très âgés.
Et si désormais gouverner rimait avec gouvernance, gouvernance avec jeunesse, jeunesse avec audace, audace avec réussite… jeunes de Guinée, osons donc!
Ousmane Boh kaba.

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