George Weah a été investi lundi président du Liberia. Christopher Fomunyoh, directeur Afrique du National Democratic Institute (NDI), analyse les ressorts de son élection.
Dans une tenue immaculée et devant plus de 35 000 personnes, George Weah est devenu officiellement, lundi 22 janvier, le nouveau président du Liberia. L’ancien footballeur, âgé de 51 ans, a lors de sa prestation de serment rendu hommage à la présidente sortante, Ellen Johnson Sirleaf, pour avoir consolidé la paix et placé son mandat sous le signe de la lutte contre la corruption. « Nous devons à nos concitoyens la clarté sur des questions fondamentales comme la propriété du sol, la liberté d’expression et le partage des ressources et des responsabilités », a notamment déclaré George Weah.
Dans un entretien au Monde Afrique, Christopher Fomunyoh, le directeur Afrique du National Democratic Institute (NDI), explique notamment les raisons du succès de cet homme politiquehors norme.
Quels sont les ingrédients de la victoire de George Weah selon vous ?
Christopher Fomunyoh Contrairement à 2005, en 2017 George Weah a joué sur plusieurs tableaux. Il a su très vite négocier des alliances fructueuses avec d’autres partis politiques dans une grande coalition qui ratissait dans toutes les régions du pays. Ses messages de campagne ont été très clairs et très focalisés sur la jeunesse et son avenir. Sans compter qu’il s’était fait connaître à travers le pays et l’Afrique de l’Ouest par ses actions humanitaires et son investissement en tant que sénateur dans les différentes structures de la Cédéao [Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest]. Son parcours atypique a aussi joué : il est jeune, vient d’une famille pauvre et s’est imposé dans le sport et l’humanitaire. Beaucoup de ses compatriotes se sont identifiés à lui.
Comment analysez-vous cette première transition pacifique depuis 1944 ?
Pour apprécier la transition politique en cours à sa juste valeur, il faut garder en tête qu’en 1944, l’électorat libérien était réduit à une certaine élite de la société, et c’est seulement dans son histoire récente que le suffrage est devenu universel. Depuis les années 1970, le pays a été malmené par un enchaînement de coups d’Etat, de dictatures et de guerres civiles particulièrement meurtrières. L’Etat s’est quasiment effondré sous l’ancien chef de guerre devenu chef d’Etat Charles Taylor, au début des années 2000. Puis il y a eu l’élection en 2005 d’Ellen Johnson Sirleaf, première présidente du Liberia.
Avec l’arrivée de George Weah, c’est la toute première fois dans l’histoire du Liberia qu’un président démocratiquement élu au suffrage universel cède la place à un autre président démocratiquement élu au suffrage universel.
Est-ce à dire que la démocratie s’enracine au Liberia ?
Oui. Par exemple, les services de sécurité ont eu, pour la première fois, l’entière responsabilité de sécuriser le processus électoral qu’ils partageaient lors des précédents scrutins avec la mission de maintien de la paix des Nations Unies. Ils ont assumé leur rôle avec brio et en respectant les droits et libertés des citoyens. Les partis politiques ont également largement contribué à la dignité du processus électoral, en menant une campagne sans incitation à la haine, ni à la violence. La société civile et les associations féminines ont mené des actions de sensibilisation pour que le scrutin se passe bien. Bref, mention très bien aux Libériens et à leurs leaders politiques et civiques.
Dans un tel contexte, on peut affirmer que la démocratie s’enracine au Liberia. Rappelons-nous que ce pays offrait déjà à l’Afrique, en 2005, sa première femme élue présidente [et réélue pour un deuxième mandat en 2011], Ellen Johnson Sirleaf.
A l’issue de sa victoire, George Weah, accompagné de son épouse, s’est rendu chez Joseph Boakai, son rival malheureux. Que dit cette image ?
C’était remarquable et beau à voir. Cela montre aussi les caractères de ces deux personnalités. Tous les deux sont empreints de sagesse et animés de bonne volonté. Nous avons pu l’observer, mes collègues et moi, lors de la mission d’observation électorale du National Democratic Institute (NDI). C’est ce que nous souhaitons également pour d’autres pays africains : des processus crédibles où gagnants et perdants ont la grandeur d’esprit de se féliciter mutuellement pour les efforts accomplis et les réussites obtenues.
Ellen Johnson Sirleaf a récemment été évincée de son parti qui l’accuse d’avoir fait campagne pour George Weah et non pour le candidat du pouvoir. Est-ce une décision justifiée ?
Je trouve malheureux qu’après avoir accompagné Ellen Johnson Sirleaf pendant douze années, le parti se comporte de cette manière. A vrai dire, Ellen Johnson Sirleaf a déjà une crédibilité nationale et internationale. Sa réputation dépasse de très loin l’image que certains voudraient donner d’elle pour les raisons de politique intérieure. Par ailleurs, on se souvient que lors de leurs visites au Liberia, le président guinéen Alpha Condé, alors président en exercice de l’Union africaine, et son homologue togolais Faure Gnassingbé, président en exercice de la Cédéao, ont conseillé à Ellen Johnson Sirleaf de ne pas se mêler au processus électoral. Et cela, à la demande de l’ensemble des partis politiques, y compris de l’ancien parti majoritaire.
Vous lui avez parlé récemment. Vous a-t-elle fait des confidences sur son avenir, ses projets pour la retraite ?
Oui, je l’ai rencontrée à deux reprises pendant la période électorale, d’abord à Monrovia et puis dans sa plantation à l’intérieur du pays. J’ai pu observer qu’elle était prête pour la passation de pouvoir et s’était déjà fixée des objectifs pour sa vie après la présidence. Je pense que, dans les années qui viennent, elle va s’investir dans l’humanitaire, dans la participation politique des femmes – un sujet qui lui tient toujours à cœur – et aussi à redorer le blason de l’Afrique à travers le monde.
Vous avez également rencontré George Weah avant et après sa victoire. Dans quel état d’esprit est-il depuis son élection ?
Je dirais qu’il est heureux, soulagé d’avoir atteint son objectif et très concentré sur la façon dont il va pouvoir marquer son passage à la présidence de la République. En même temps, il reste un homme simple, très ouvert et convivial.
Vous a-t-il parlé du premier chantier auquel il va s’atteler ?
Il me semble qu’il y a deux chantiers prioritaires qui lui tiennent à cœur : l’amélioration des conditions de vie et des opportunités pour la jeunesse et la lutte contre la corruption. Il a les atouts pour réussir et je pense que, s’il est bien entouré, le Liberia a de très bonnes chances de rester sur la bonne trajectoire.

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