Le Concept d’action d’action sociale appartient à l’univers de la sociologie ; c’est la science qui se consacre à l’étude des groupes sociaux. Au sens large du terme, une action sociale est toute action touchant la conduite des autres. Le sociologue Max Weber a contemplé quatre types d’action sociale : la traditionnelle (associée aux coutumes), l’affective (liées aux émotions), la rationnelle conformément aux valeurs (orientée par une norme morale) et celle qui a pour but d’obtenir une fin rationnelle. Outre Cette définition, on entend aussi par action sociale l’ensemble des programmes et des aides qui, en général, sont complémentaires aux prestations d’assistance qu’apporte l’État, même s’il existe aussi l’action sociale étatique.
L’action sociale (expression de l’État-providence), désigne l’ensemble des moyens par lesquels une société agit sur elle-même pour préserver sa cohésion, notamment par des dispositifs législatifs ou réglementaires et par des actions visant à aider les personnes ou les groupes les plus fragiles à mieux vivre, à acquérir ou à préserver leur autonomie et à s’adapter au milieu social environnant. L’action sociale se structure suivant trois principes :
1- l’assistance et l’aide aux plus défavorisés, en raison d’un droit à la solidarité nationale ou locale ;
2- la protection universelle qui a pour but de couvrir certaines catégories de dépenses pour tous les individus ;
3- l’assurance afin de mutualiser les risques et qui est organisée par le droit social. La législation sur l’aide sociale doit être centralisée au sein d’un Code de l’action sociale et des familles. 
Bonjour Madame Diaby Sylla Mariama. Vous êtes depuis près de cinq mois, Ministre de l’Action Sociale, de la Promotion Féminine et de l’Enfance. Quels constats avez-vous fait depuis votre prise de fonction ? 
Je commencerai par vous remercier pour cette interview, et je continuerai en souhaitant une bonne et heureuse année aux femmes, aux enfants, aux personnes handicapées et aux personnes âgées de Guinée.
Que cette année soit celle de l’amélioration des conditions de vie et la réduction de toutes les inégalités sociales.
Cela dit, permettez-moi, avant d’entrer dans le vif du sujet, de présenter le département que le Président de la République et le Premier Ministre, ont bien voulu me confier la charge le 23 août 2017 par décret N°.
Pour rappel, ce ministère a été créé dans sa nomenclature actuelle par décret N°081/PRG/SGG du 07 AVRIL 2014, avec pour mission la conception, l’élaboration, la coordination et la mise en oeuvre de la Politique du Gouvernement dans les domaines de la protection sociale, de l’action sociale, de la famille, de la promotion féminine, du genre, et de l’Enfance, et d’en assurer le suivi et à ce titre il est chargé :
– D’élaborer la législation et la réglementation dans le domaine de la protection sociale, de la promotion de la famille, de la promotion féminine et du genre, et de veiller à son application ;
– De coordonner et suivre l’utilisation des dons, legs et subventions, accordés aux populations vulnérables ou nécessiteuses ;
– D’assurer la protection de l’enfance et de promouvoir et encourager les organisations mutualistes, les associations, et tout autre mécanisme d’entraide ou d’assistance humanitaire, les ONG et groupements vulnérables ;
– De participer aux négociations, conventions, accords et surtout à la mobilisation des ressources relatives à la réalisation des programmes et projets dans le cadre de la protection et de la promotion des couches vulnérables.
Pour mener à bien cette mission, le Premier Ministre Chef du Gouvernement, nous a adressé une lettre de mission dont la réalisation repose sur cinq piliers :
1- élaboration et mise en œuvre des différentes politiques de promotion et de protection des personnes vulnérables, en vue de la réduction des inégalités entre les différentes couches sociales de notre nation ;
2- autonomisation sociale et économique de toutes nos cibles, et développement du travail social ;
3- Promotion et protection des droits humains des couches vulnérables ;
Renforcement de la solidarité nationale et résilience en faveur de nos cibles ;
Amélioration de la gouvernance et renforcement du partenariat entre tous les acteurs du domaine de l’action sociale, de la promotion féminine et de l’enfance.
Pour les constats, il faut noter avec satisfaction que ce département a élaboré tous les documents de politiques, assortis de programmes et projets en début d’exécution pour certains, en stade avancé pour d’autres.
 Il a été également créé de nouveaux dispositifs institutionnels, en vue d’ajuster le cadre légal de nos interventions sur le terrain. En dépit de ces acquis, il faut reconnaitre à ce département un déficit dans les domaines de la communication, et de l’ameublement du cadre organique à l’échelle déconcentrée. Ces insuffisances culminent avec la faiblesse des ressources allouées au secteur d’une part, et de l’autre à la coordination de nos différents domaines d’interventions malheureusement disséminés dans d’autres secteurs du fait du caractère très transversal du Ministère de l’action Sociale, de la Promotion Féminine et de l’Enfance. Cette situation déplorable est aussi accentuée par le manque de siège approprié pour un regroupement des structures techniques pour une circulation des informations administratives et à cela, s’ajoute le nombre réduit de cadres de conception, d’animation et d’orientation.
Quelles ont été vos priorités à votre prise de fonction pour redonner un nouvel élan à votre département ?
Ces priorités, il faut le noter, s’inscrivent dans l’esprit de la lettre de missions et attributions de ce Ministère où je ne suis pas étrangère et à cet égard, je procèderai à une classification par secteur :
Le domaine de la Protection et de l’action sociale constitue l’essence même du Programme National de Développement Économique et Social de la Guinée pour la période 2016- 2020. Elle a pour vocation d’aider les citoyens à résister aux chocs et risques exogènes (épidémies, catastrophes, calamités, insécurité alimentaire et autres formes de vulnérabilité). Pour sa mise en œuvre, la politique de protection sociale repose sur 6 axes et nécessite la mise en place d’un système d’information sur les plus vulnérables à travers le Registre Social Unifié dont la feuille de route pour sa réalisation a été définie en Juillet 2017 :
  1. Vulgarisation, diffusion et dissémination de la première politique nationale de protection sociale de notre pays depuis son indépendance, adoptée par le Gouvernement le 13 Juin 2017 ;
  2. Elaboration du plan national d’action de mise en œuvre de la politique de protection sociale qui prendra en compte la mise en place d’un Registre Social Unifié qui est l’outil permettant de mieux connaitre les populations à haute intensité de vulnérabilité et de pauvreté, de coordonner les aides sociales et éviter les déperditions des ressources. Ce plan intégrera la création et l’opérationnalisation des organes de décisions, de contrôle, d’exécution et suivi évaluation du domaine de l’action sociale, ainsi que l’adoption d’un Code sur la Protection Sociale par l’Assemblée Nationale (le Haut Conseil de la Protection Sociale placé sous la présidence du Premier ministre (HCPS), le Comité National de la Protection Sociale placé sous la tutelle du MASPFE (CNPS), l’Observatoire National de Protection Sociale rattaché au Secrétariat Général du MASPFE ; le Secrétariat exécutif de la mise en œuvre de la Protection Sociale qui sera assuré par la Direction nationale de l’action sociale (SEMEPS) ; des Comités régionaux de protection sociale présidés par les gouverneurs des régions administratives (CRPS) ; des Comités préfectoraux de protection sociale placés sous l’autorité des préfets ou des maires pour la zone spéciale de Conakry (CPPS).
 Des textes d’application seront nécessaires pour appuyer et préciser davantage les modalités de fonctionnement et la composition interne de chaque organe en dépit de ceux qui existent déjà provisoirement dans la Politique, y compris les actions prioritaires et les mesures d’accompagnement.
  1. Exécution (en cours) du projet d’appui à la solidarité nationale et autonomisation des indigents et personnes handicapées et développement du Travail social.
  2. Développement inclusif, à travers un projet d’appui à la solidarité, et autonomisation des personnes handicapées et des indigents par la construction de centres de formation qualifiante dans les régions administratives et je suis heureuse, que le Ministère du Plan ait voulu soutenir le projet et la mise en place du Registre social Unifié Dans le domaine de la Promotion de la Femme et du Genre, les priorités consisteront à renforcer la lutte contre les violences basées sur le Genre et l’Entreprenariat Féminin.
 Domaine de la lutte contre les violences basées sur le genre : Aucune société ne peut prétendre à un développement harmonieux si elle tolère les violences faites aux femmes. Cette violence commence au sein de la famille par les injures adressées aux femmes, la maltraitance de la belle famille, les difficultés de gestion des budgets du ménage, les coups et blessures, etc., constituent le lot quotidien de nombreuses femmes guinéennes.
 En Guinée, l’ampleur est fortement influencée par les coutumes qui prônent la domination de l’homme. Les résultats de l’Enquête nationale sur les Violences basées sur le Genre, menée par le département, révèlent l’importance du phénomène. Cette réalité qui trouve son fondement dans le psychisme collectif, préoccupe le Gouvernement qui s’est doté de tous les cadres légaux pour son élimination. Les actions porteront et s’intégreront dans la mise en œuvre de la politique nationale sur le genre, qui est le document stratégique devant servir de cadre de référence pour l’ensemble des actions programmatiques et opérationnelles à mener dans le domaine de la réduction des inégalités en général, et dans la gestion de la problématique des violences.
 Dans ce document, chaque acteur se retrouve et doit se l’approprier, car il constitue un instrument d’appui à la mise en œuvre des engagements auxquels la Guinée a souscrit pour promouvoir l’équité, la justice sociale , la lutte contre les VBG/MGF/ excision, la pauvreté en contribuant à l’élimination des inégalités entre les sexes et à la création de nouvelles conditions de vie pour toutes les couches sociales, en particulier les femmes.
Il faut noter que la priorité est aussi accordée à la mise en œuvre de la stratégie spécifique contre les mariages précoces et leurs conséquences (fistules) et la traite des humains.
L’autonomisation des femmes de Guinée est une priorité absolue pour les décideurs sur le plan national et international.
Quelle politique préconisez-vous pour favoriser cette autonomisation ?
La politique d’autonomisation de la femme passe par son éducation, sa formation et son accès aux marchés à travers la labélisation de ses produits dans les réseaux sociaux.
Nous avons misé sur les centres d’autonomisation et de promotion des femmes au sein desquels les filles vulnérables, déscolarisées et les femmes non scolarisées, viennent apprendre des métiers, des connaissances sur leurs droits fondamentaux de santé de la reproduction.
Il faut saluer les efforts dans la mise en œuvre d’initiatives telles que les MUFFA, la construction des centres d’autonomisation des femmes, l’aménagement des terres, l’octroi des intrants agricoles qui garantissent les conditions de vie propice aux ménages ruraux pauvres et par ricochet une meilleure approche quant à l’autonomisation des femmes. Et à cela, s’ajoute la création très prochaine des maisons de justice de proximité en cours au Ministère de la Justice, pour ouvrir l’accès à la justice et aider à la cohésion sociale et à la protection des couches vulnérables des femmes contre les mauvais traitements et la violation de leurs droits humains .
Le Gouvernement, avec l’accompagnement du PNUD, a soumis un projet d’appui à l’entreprenariat féminin à la BID, pour le développement des chaines des valeurs et le renforcement des CAPF. Toutefois, il a été prévu dans le plan de travail avec l’UNFPA de 2018, l’élaboration de la stratégie nationale d’autonomisation de la femme.
Vous serez, au mois de mars, à la tribune de la 62èmesession des Nations-Unies sur les questions des femmes à New-York. Quelle sera la doléance que vous comptez porter à ce rendez-vous majeur au nom des femmes de Guinée ?
Le thème de cette session est : « défis et possibilités pour le genre et l’autonomisation des femmes et filles en milieu rural ».
 Le thème de l’examen est la participation et l’accès des femmes aux médias et TIC, pour leurs impacts sur l’autonomisation des femmes.
 Mon message à ce forum sera celui du Gouvernement, qui reconnait que la construction de la nation et les mutations économiques et sociales profondes, ne peuvent s’opérer sans la participation pleine et responsable de la couche féminine tirée de sa situation injuste d’infériorité.
 Pour cela, il s’agira d’avantage de poursuivre des réformes pour améliorer le statut de la femme. Ces réformes s’effectueront dans le domaine de la scolarisation de la jeune fille, la participation de la femme dans les instances et postes de prises de décisions. Le développement des services de santé pour la Protection Maternelle et Infantile (PMI) et surtout la promotion des méthodes contraceptives, l’émergence et l’encadrement de coopératives féminines dans toutes les régions, la diversification des filières de formation et d’apprentissage pour les jeunes filles, les emplois dans l’Administration et dans les entreprises publiques, etc.
 Pour la célébration de la journée internationale de la femme le 8 mars prochain vous entendez mettre un accent sur les Mutuelles Financières des Femmes Africaines «MUFFA » afin d’évaluer son impact dans le cadre de l’autonomisation des femmes. Quelle sera la particularité de cette fête cette année en Guinée ?
 Il faut rappeler que cette Journée trouve son origine dans l’histoire des revendications et luttes des femmes entamées depuis plus d’un siècle sur les continents européens et américains pour de meilleures conditions de travail et l’obtention du droit de vote notamment.
Officialisée par les Nations Unies en 1977, la Journée Internationale des femmes (JIF), célébrée le 8 mars de chaque année, est mise à profit pour :
  • Dresser un bilan des progrès pour la réduction des inégalités de genre ;
  • Identifier et célébrer les actes de courage et de détermination posés par des femmes ordinaires au sein de leur communauté ou dans leur pays.
  • Servir de journée de plaidoyer et de sensibilisation où les femmes vont à la rencontre des dirigeants politiques et de tout autre détenteur d’une parcelle de pouvoir, pour réclamer des réformes politiques et des changements structurels en faveur de la protection, la promotion et l’autonomisation de la femme.
 Cette année, en lien avec le thème international et les réalités sociales et économiques, en particulier celles relatives aux conditions des femmes, le Ministère de l’Action Sociale, de la Promotion Féminine et de l’Enfance, en concertation avec les Chefs des Cellules Genre des Départements sectoriels, des Organisations de la Société Civile, des organisations faitières et des partenaires au développement, a pris l’initiative de définir un thème national articulé autour des « Acquis, Défis et Perspectives de l’Autonomisation des Femmes à travers l’expérience des Mutuelles Financières des Femmes Africaines (MUFFA) en Guinée ».
Ce choix découle de l’appréciation des résultats des MUFFA que le Président de la République, a bien voulu initier en faveur des femmes de Guinée, dans le cadre de sa volonté politique de leur autonomisation économique à travers AFRILAND BANK, créée à cette fin.
Aujourd’hui ce mécanisme de micro finance des projets féminins couvre les cinq communes de la capitale, les 27 préfectures, ainsi que les communes rurales de développement à travers les Mutuelles de Croissance Communautaire (MC2).
Au cours des séances de concertation, une place de choix sera réservée aux bénéficiaires des MUFFA, des femmes et filles rurales dont les décisions seront importantes dans le processus de promotion et de qualification du système des micro- finances en Guinée.
L’occasion sera aussi mise pour la promotion des femmes modèles qui ont émergé et ont réussi à extraire leurs consœurs de la précarité et de la vulnérabilité. Pour les résultats, seront disponibles :
  • Le Rapport d’évaluation des MUFFA et les acquis qui mettront en exergue les défis de l’autonomisation économique des femmes à travers cette expérience, les contraintes et risques seront analysés, cernés et les difficultés pour d’éventuels ajustements, et les perspectives en termes d’extension seront définies ;
  • Les témoignages des femmes mutualistes, bénéficiaires ou non de crédits auprès des unités MUFFA, seront recueillis pour comprendre les difficultés éventuelles, mais aussi identifier les réussites à mettre en valeur.
  • Etude bilan diagnostic réalisée, sous forme de monographie de pays, sur l’impact des projets et programmes de promotion et d’autonomisation des femmes mis en œuvre en Guinée de 2010 à 2017, avec l’appui des différents partenaires de développement. L’étude mettra en relief la mesure dans laquelle ces projets et programmes contribuent à la réduction de la fracture numérique et favorisent l’accès des femmes et des filles aux médias et aux TIC pour l’amélioration des conditions de vie et l’atténuation des inégalités structurelles ;
  • Des ateliers et débats sont organisés et les rapports d’études disponibles servent de base d’orientation pour l’examen des bonnes pratiques développées au sein des projets, mais aussi des fondements institutionnels et des contraintes de taille à l’autonomisation des femmes ;
  • Les talents des femmes/ filles spécialistes de TIC, journalistes et animateurs de médias publics et privés sont mis en avant et des prix décernés dans le cadre d’un partenariat entre le MASPFE et les associations féminines et de presse ou TIC ;
  • Des défilés, manifestations et débats de revendications et plaidoyers sont organisés sur toute l’étendue du territoire national et le Chef de l’Etat reçoit les femmes au cours d’un meeting au Palais du Peuple de Conakry, en présence de la Coordinatrice du Système des Nations Unies et de l’ensemble des chefs d’agence et ambassadeurs accrédités en Guinée.
Je vous remercie.
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