L’ancien président de la République a été placé, mardi matin, en garde à vue dans le cadre de l’affaire des financements libyens de sa campagne de 2007.
De sa première visite ici, il garde un souvenir amer. En juillet 2014, après avoir répondu aux policiers de l’office anticorruption (OCLCIFF), dans le cadre d’une autre affaire, Nicolas Sarkozy avait été reconduit, nuitamment, vers un monte-charge desservant une sortie dérobée au rez-de-chaussée. Et il était resté coincé dans l’ascenseur…
Ce mardi matin, l’ancien président de la République avait de nouveau rendez-vous au 9e étage du siège de la direction centrale de la police judiciaire, à Nanterre (Hauts-de-Seine) et son enfilade de bureaux anonymes. Il a été placé en garde à vue. De son côté, l’ancien ministre de l’Intérieur sarkozyste Brice Hortefeux était convoqué en tant que « suspect libre », statut qui évite aux enquêteurs d’avoir à demander la levée de son immunité de parlementaire européen. Une confrontation pourrait être organisée à l’issue de leur interrogatoire respectif.
Ces auditions constituent une étape attendue mais cruciale dans l’affaire dite du « financement libyen présumé de la campagne électorale de 2007 ». Dans les années qui précèdent son ascension vers l’Élysée, le ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy avait noué des liens personnels avec Mouammar Kadhafi, le « guide » libyen, longtemps mis au ban des nations démocratiques pour son soutien au terrorisme international.
De nouvelles auditions de responsables libyens
Depuis 2012, des investigations financières poussées tentent de faire émerger une vérité des eaux troubles de la politique intérieure et de la diplomatie internationale. Mais pourquoi les trois juges d’instruction ont-ils décidé de convoquer l’ancien chef de l’État ce mardi, après tant d’années d’instruction ? Il y a au moins trois raisons à cela. D’abord, les révélations que contiendraient de récentes auditions à l’étranger. Ensuite, les enseignements d’un prérapport de synthèse rédigé par l’office anticorruption de la PJ. Enfin, de manière plus inattendue, les aléas du déroulé de carrière chez les magistrats…
Selon des sources concordantes, les juges ont recueilli de nouvelles auditions de responsables libyens présentées comme « plus précises que les précédentes » et de nature à étayer les soupçons. N’ayant pas été versées à la procédure, elles restent pour l’heure accessibles aux seuls magistrats et policiers. Le contenu d’un prérapport de synthèse, daté du mois de septembre 2017, est, lui, connu : il décrit précisément sur 22 pages les éléments allant dans le sens d’une « matérialisation des soupçons de financement libyen ».
Parmi ceux-ci, « le cash » dont bénéficiait Claude Guéant, principal collaborateur de Nicolas Sarkozy, l’« ampleur de la circulation d’espèces en marge de la campagne », et « les mallettes de Ziad Takieddine », du nom de cet intermédiaire franco-libanais. Ce dernier a indiqué avoir utilisé des « sacs de voyage en cuir ou imitation, de couleur marron foncé » pour transporter en cabine sur des lignes régulières « 5 millions d’euros » que lui aurait remis Abdallah Senoussi, ex-directeur du renseignement militaire.
Sarkozy, déjà sous la menace de deux procès
Enfin, le départ annoncé pour le deuxième semestre ou pour l’année prochaine du juge emblématique de ce dossier, Serge Tournaire, n’est sans doute pas étranger à ce calendrier judiciaire. Le magistrat a à cœur de boucler le dossier avant de rejoindre une nouvelle affectation. Nicolas Sarkozy, officiellement retiré de la vie politique mais dont l’aura reste très importante dans son camp, a toujours vigoureusement rejeté les accusations.
L’ancien chef de l’État est déjà sous la menace de deux procès dans l’affaire Bygmalion (financement de la campagne de 2012) et celle dite des « écoutes » (corruption présumée).

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