C’est une affaire de « mauvaise gouvernance » qui vient d’être mise à nu par un des travailleurs de l’UA, Daniel Batidam, qui a préféré jeter l’éponge. Situation pernicieuse, lorsqu’on sait que l’organisation continentale a décrété 2018 « année de lutte contre la corruption » et qu’elle continue également de tendre la main à des partenaires externes pour mobiliser des ressources financières pour la mise en œuvre de certains projets et même pour son fonctionnement.
Coup dûr donc pour un Moussa Faki Mahmat, président de la Commission de l’Union africaine, arrivé avec une hargne de positionner l’organisation dans la bonne dynamique. Coup dûr également pour le successeur d’Alpha Condé à la tête de l’institution continentale, Paul Kagamé.
En effet, par lettre signée du 8 juin 2018, le ghanéen Daniel Batidam a rendu sa démission de l’organe de l’UA dont il était membre, le Conseil consultatif de contre la corruption (CCUAC). Celui-ci se révolte contre la mauvaise gouvernance, l’abus de pouvoir à des fins de profits personnels, le manque d’intégrité au sein de plusieurs organes de l’UA dont le Conseil consultatif de lutte contre la corruption (CCUAC), lui-même.
« Trop, c’est trop », claque-t-il, déplorant de mauvaises pratiques, un manque de probité et de transparence au sein de plusieurs départements de la Commission africaine. Selon des informations relayées certains médias internationaux, le Ghanéen a plusieurs fois écrit pour dénoncer des pratiques qui ont même crée des « rouages d’incompétence ». Daniel Batidam a pourtant présidé le CCUAC de 2015 à 2017 avant de passer la main au Tchadien Bégoto Miarom, apprend-on également. Depuis lors, il était membre dudit conseil et ce, jusqu’en 2019 (fin de son mandat).
Pourtant, les chefs d’Etat africains se sont engagés, lors du 30è Sommet de l’Union africaine, tenu les 28 et 29 janvier 2018 à Addis-Abeba, à faire de l’année 2018, « une année de lutte contre la corruption ». Avec ses ‘’graves révélations’’ de M. Batidam, l’on est en droit de s’interroger avec le quotidien privé, Le Pays, dans son édito du 28 janvier si « Des corrompus peuvent-ils lutter contre la corruption ? ». Bien au-delà, cette situation vient interroger la vie de ces nombreuses organisations et institutions africaines.
Selon le président de la Commission de l’Union africaine, Moussa Faki Mahmat, chaque année, la corruption entraîne un manque à gagner de plusieurs milliards, constitue un frein au développement et une source de conflits sociaux et d’instabilité politique. Au sein de l’organisation, certains avouent avec lui que pour un continent qui a désespérément besoin de ressources financières substantielles pour répondre à ses importants besoins de développement, notamment pour combler son déficit en infrastructures, une perte considérable de ces ressources financières à travers diverses formes de corruption est certainement quelque chose qui doit être combattu avec force et fermeté.
Mais, comment parvenir à arrêter cette hémorragie, reconnue comme une pratique qui sape les efforts de développement et qui constitue une menace pour la paix et la stabilité pour les pays africains (dévastatrice pour le développement économique, la cohésion sociale, l’ordre politique et facteur d’accroissement de la pauvreté et des inégalités) ? La société civile et autres leaders d’opinion pourraient-ils être une solution à la situation (comme le pense une certaine opinion) ? De toute façon, tous sont interpellés ; de l’échelle nationale au niveau continental.
Oumar L. Ouédraogo
Lefaso.net