Des milliers de nos pèlerins restent toujours bloqués à la Mecque, manquant presque de tout et courant désormais le risque de se voir désormais à la rue. On en viendrait à croire que les démons du purgatoire seraient tous guinéens.

« Entre Ciel et Enfer ! » cela pourrait bien être le titre de l’odyssée de milliers de nos concitoyens candidats au hadj 2018. Ils sont venus de toutes les contrées de notre pays, les yeux pleins d’étoiles, pour s’acquitter du rêve de toute une vie. Mais comme on sait bien le faire ici, les plus délicieuses espérances deviennent souvent un cauchemar, par la seule incurie de ceux qui gèrent la cité.

Déjà le départ chaotique des convois avait créé tant d’émotions dans le pays, à la vue de ces corps épuisés par la longue attente, le stress et le manque de sommeil. Nombre de ces candidats, d’un âge avancé, se sont plaint alors du non-respect de l’ordre des inscriptions et du favoritisme dont a fait preuve l’organisation dans l’attribution des numéros de convois. Le clientélisme béant, et surtout l’amateurisme constatés dans cette organisation ont été révoltants. Aux communiqués trompeurs se sont succédé des démentis mensongers sans que pour autant, les droits les plus élémentaires des 9000 candidats guinéens ne soient respectés.

Pourtant, ceux-ci ont tous déboursé la rondelette somme de quarante-et-un millions de nos francs pour espérer simplement effectuer leur devoir religieux dans la quiétude. Mais ce qui était censé être un moment de dévotion est devenu un voyage vers l’enfer pour la plupart d’entre eux. Les auteurs de ce défilé dans le couloir de la douleur ? des guinéens, somptueusement vêtus et au front brillant face à la misère imposée à leurs propres concitoyens.

Le retour de nos pèlerins se déroule dans une pagaille encore plus sidérante qu’à l’aller. Des centaines d’entre eux restent coincés en Arabie sans argent, mangeant et buvant grâce à la générosité de quelques Saoudiens pris de pitié pour ces âmes tourmentées par leurs propres frères. Désormais certains d’entre eux craignent d’être jetés à la rue, les contrats de locations de maisons arrivant à expiration. On est en droit de se demander si l’enfer ce n’est pas déjà ici, avec pour gardiens des démons à la nationalité guinéenne.

Des comptes doivent être demandés au secrétariat des affaires religieuses devenu la vitrine de l’amateurisme et de la magouille. L’Etat se doit de sévir contre les sangsues tapies dans les méandres de cette organisation qui, année après année, redoublent d’ingéniosité pour se délecter la sueur et du sang de nos parents. Ici, tout le monde n’a pas les moyens d’envoyer ses parents à la Mecque grâce à l’argent de la rapine et des détournements de fonds publics. L’essentiel de ceux s’y rendent, le font au prix d’énormes sacrifices consentis par leurs enfants et proches, dans un pays où on mange à peine à sa faim.

L’impunité ne doit plus être garantie à ceux qui font gémir ainsi les vieux parents d’autrui, comme si l’extraordinaire ne se trouve que sur le chemin des gens ordinaires. Là encore le chansonnier de la lutte contre la corruption et l’impunité est interpellé !

 Mohamed Mara sur Radio Espace