Huit mois après les élections locales tripatouillées et emmaillées de fraudes, d’achats de consciences avec des implications  exagérées des commis de l’État,  hauts cadres et officiers zélés sur fond de résultats contestés, les Guinéens assistent à  l’installation des  élus dans des échauffourées et conflits qui frôlent des affrontements intercommunautaires.  Malgré les communiqués et contre communiqués  du Ministre de l’Administration du territoire.

Il  y a eu  huit mois d’attente pendant  lesquels le comité de suivi, pour sortir de la crise, avait  d’abord  été  mise en place, suivi  de signatures d’accords entre partis politiques afin d’installer  les exécutifs communaux.

LE RECOURS AU CORAN 

La réalité de cette élection voulant que les conseillers procèdent par  votes secrets  pour élire les exécutifs communaux, l’argent a  refait surface pour racheter les votes.   Malgré les accords entre certains partis politiques, ces arrangements politiques ne satisfont plus certains conseillers élus ou ne rassurent plus certaines formations politiques.  D’ou l’usage du Saint Coran, dernier recours pour s’assurer que le conseiller sur lequel on doute suivra la consigne du parti ou que la voix de l’élu  illégalement achetée  s’exprimera en faveur de l’acheteur  en votant  pour lui.

Après la violation des accords dans certaines circonscriptions déjà installées, ou des trahisons constatées par endroits, les dernières communes font désormais l’objet de toutes les attentions surtout celles de Conakry.

Des chefs de partis, des négociateurs des partis politiques, des candidats pour les Mairies, chacun se promène avec son « Coran » de poche pour faire jurer des conseillers sur le Coran afin de s’assurer de leur fidélité car des centaines de millions voire  des milliards et clés de véhicules  circulent pour corrompre.

LA LAÏCITE DE LA REPUBLIQUE 

Tout d’un coup, la malhonnêteté, la corruption organisée et entretenue par l’État et les achats de consciences  bafouent  le principe de laïcité même de notre République.  Si on ne peut plus jurer sur  notre constitution  qui est le socle de notre démocratie, plutôt que sur  des livres Saints pour s’assurer de l’élection d’un Maire, alors, notre démocratie  bat de l’aille.  L’article premier de la constitution guinéenne ne stipule t-il pas que la Guinée est une République, unitaire, indivisible, LAÏQUE, démocratique et sociale ?

Certains politiques se servent  désormais du Coran  pour garantir l’argent  de la corruption ou pour éviter  l’argent de la corruption.  Peut- être, le législateur devrait prochainement revoir cela  pour donner une place prépondérante à nos livres saints dans le code électoral du fait qu’après tout, ils deviennent les derniers recours des politiques !

LE MANQUE DE CONFIANCE EN L’ETAT 

Ne pas pouvoir organiser les élections à date, vouloir mettre la main sur toutes les circonscriptions électorales, le refus de perdre certaines communes en ne respectant pas le choix des électeurs, le non respect des accords signés avec des partis politiques, l’entretien d’un retard inutile entre  les élections et l’installation  des élus, la corruption des conseillers, sont des pratiques  qui contribuent  à remettre en cause la confiance en l’Etat,  à détériorer notre  démocratie et dégrader l’image de notre pays.

Si la Sierra Leone à coté  a pu organiser  trois  élections réussies (présidentielle, communales et législatives),  en même temps, la Côte d’Ivoire  à  organiser les communales et les régionales pour  avoir les résultats  en mois de 72h,  on peut  dire que,  ce qui se passe en Guinée relève d’un manque de volonté délibéré  du gouvernement  à cause d’agenda caché.

Alors, gardez  vos  « Corans »  à la Mosquée, l’Etat et la Démocratie n’ont besoin que  de Confiance et de respect des Lois!

Ahmed Tidiane Sylla