Sayon Mara,responsable RPG

Depuis un certain temps,nous assistons,en toute impunité, à la floraison flagrante, insistante et répétée des propos venimeux dans les discours de certains « sages » des coordinations régionales.Ces discours aux relents ethniques se tiennent très souvent sous la bénédiction, les ovations et les encouragements de certaines autorités, des leaders politiques non des moindres, qui ne tirent profit que dans des situations de troubles. Ils activent le feu puis, viennent jouer aux sapeurs-pompiers.

Les discours se radicalisent au jour le jour et nous sommes au bord du gouffre.

En effet,quand on voit pousser, dans son propre Pays, des germes qui ont consumé, réduit à néant des Pays entiers sous d’autres cieux, on est littéralement forcé de se demander, de s’arrêter, ne serait-ce qu’un laps de temps, pour passer au peigne fin, sans ambages, l’étiologie de cette rancœur qui frappe aujourd’hui notre société en plein cœur .

Le repli identitaire, la division entretenue par des politiques en perte de vitesse et certains hommes publics sans vergogne, leur souhait ardent de nous envoyer au charbon ne font l’ombre d’aucun doute dorénavant. Il suffit juste de faire un tour les Samedis dans les assemblées générales des Partis politiques, des coordinations régionales pour réaliser que nous sommes assis sur des braises ; la seule chose qui manque des ingrédients aujourd’hui pour que nous nous retrouvions dans une situation de « si on savait », est l’élément déclencheur.

A dire vrai, le bon sens, la morale ont claqué la porte de ce Pays et ont foutu le camp ; Les sages censés être des apôtres et prêcheurs de la paix, sont devenus des pyromanes, des incitateurs à la violence et à la haine.

Des propos comme : « ne vendez plus vos terrains aux étrangers ….. » ou « Personne ne doit avoir plus deux parcelles dans telle région ou telle…… » Ou encore, « Le régime d’alpha condé a mis telle communauté ou telle autre en position de légitime défense …… », ne sont aucunement de nature à renforcer les fibres sociales, à garantir la paix dans notre Pays. Ils montent plutôt les populations les unes contre les autres .Alors que notre chère Guinée, pour son décollage économique, a besoin de la quiétude et de l’entente entre ses fils. En un mot, nos diversités linguistiques et culturelles ne doivent en aucune manière être des freins au développement de notre Pays. Comme l’a dit le doyen Amadou Hampaté Ba :« La beauté d’un tapis tient à la diversité de ses couleurs ».En d’autres termes, se retrouver autour des valeurs culturelles comme l’adoration d’une marre, la célébration des événements  culturels comme la Mamaya,le Yankadi,le Toupoussèssè,le Jakira,le Makourou et autres par exemple , n’ont rien de mauvais quand ils sont circonscrits .Mais faire la promotion des valeurs qui creusent le fossé entre les communautés comme dire par exemple tel est d’ici et tel autre est étranger, est extrêmement dangereux pour la paix et la quiétude dans notre Pays .Les problèmes agraires et les débats portant sur les origines des personnes ont toujours été les dénominateurs communs des problèmes en Afrique. Souvent, au moment où de telles idées se formalisent, personne n’en parle. C’est quand ça atteint des proportions incontrôlables que les gens se rendent compte de la gravité de la situation.Donc, pendant qu’il est encore temps, n’ouvrons pas la boite à pandore au risque de nous retrouver dans des violences inter-communautaires. Partout où un guinéen se retrouve à travers le pays, il est chez lui et ne doit aucunement être inquiété du fait de son appartenance ethnique. Bref, partout où les Peuples se sont entre-déchirés à travers le monde, les idées sont nées d’abord dans les esprits puis, se sont transportées dans les discours avant de devenir des actes.

Ailleurs, les coordinations régionales sont des instruments au service de la stabilité politique, de la cohésion sociale et du développement….Mais fort malheureusement, chez nous en Guinée, elles sont instrumentalisées par les politiques et ne cessent de patauger dans cette boue de honte à travers des sorties aux relents ethniques et incendiaires.

Pourtant, l’article 4 de notre Constitution stipule :

« La loi punit quiconque par un acte de discrimination raciale, ethnique, religieuse, par un acte de propagande régionaliste, ou par tout autre acte, porte atteinte à l’unité nationale, à la sécurité de l’Etat, à l’intégrité du territoire de la République ou au fonctionnement démocratique des institutions ».

Pourquoi cette complaisance des autorités face à la montée en puissance de tels discours dans notre Pays ?

Cette question mérite bel et bien d’être posée aujourd’hui. Car le législateur a prévu des sanctions contre tous ceux qui se hasarderaient à tenir des propos qui menacent la paix et la quiétude dans notre Pays.

Loin d’être cet oiseau de mauvais augure qui présage un lendemain nuageux pour notre Pays, il est important aujourd’hui que nos hommes politiques, nos sages, à tous les niveaux, comprennent une fois encore que l’heure est grave à telle enseigne que si nous ne mettons pas nos énergies et esprit ensemble pour prôner la paix, l’apaisement,l’acception de l’autre dans ce climat social délétère prêt à se fissurer à tout moment aujourd’hui, nous nous acheminons tout droit vers l’hécatombe. Chaque fait et geste mal placés pourraient nous enfoncer davantage et feraient sans aucun doute déborder l’eau du vase. Nous ne nous fatiguerons guère de rappeler cela chaque fois que l’opportunité se présentera à nous. Car, mieux vaut prévenir que guérir comme l’a dit l’autre.

Bref, les autorités de ce Pays doivent sortir de cette complaisance coupable, prendre leur bâton de pèlerin contre tous ces politicards, « ces sages » qui, à travers leurs discours, incitent les gens à la violence, au rejet des autres et à l’affrontement.

En un mot, elles doivent sévir pendant qu’il est encore temps contre ces pyromanes pour préserver l’unité nationale. D’ailleurs,quand les derniers remparts deviennent des problèmes, vers qui se tourner dorénavant ?

Par Sayon Mara