Quand on parle de légende du football africain, il est difficile de ne pas citer Aboubacar Sidiki Camara plus connu sous le nom de Titi Camara. Le guinéen a fait partie des footballeurs africains les plus connus des années 90 et du début des années 2000. Travailleur acharné et assez réservé, Titi Camara a laissé de très bons souvenirs dans tous les clubs où il a évolué. Joueur très rapide, possédant une technique impressionnante, Titi Camara a marqué de nombreux buts durant sa richesse carrière, dont certains sont ancrés dans les mémoires des fans de football.

Passé par des clubs prestigieux, il a été pendant de nombreuses années le fer de lance du football guinéen sur la scène internationale. Titi Camara, c’est aussi l’histoire d’une anomalie qui a contribué à écrire sa légende. Durant toute sa carrière de footballeur, l’ancien joueur de Liverpool n’a remporté aucun titre. Son palmarès est bien maigre et compte seulement une place de Vice-champion de France de Ligue 1 avec Marseille en 1999, une finale perdue de l’ancienne coupe de l’UEFA, toujours avec Marseille et une place de quart de finaliste avec le Sily National de Guinée lors de la Coupe d’Afrique des Nations en 2004.

Pour un joueur de son calibre, son palmarès aurait dû être plus fourni. Qu’a cela ne tienne, Titi Camara est de cette race de joueur qui a marqué l’histoire du football africain par son aura, son charisme sur le terrain, son amour pour sa sélection et sa détermination sans faille.

Les débuts à l’AS Kaloum Star avant de s’envoler pour l’Europe

Titi Camara a fait ses débuts dans le football en Guinée avec l’AS Kaloum Star. Titi, très timide à l’époque rêvait de faire une grande carrière dans le foot. Dès ses premières prestations avec le club guinéen, le jeune Aboubakar Sidiki impressionne tout son monde. Doté d’une pointe de vitesse digne des meilleurs sprinter et capable d’accélération fulgurante, Titi Camara s’impose très vite avec son club et devient un élément incontournable de l’attaque de l’AS Kaloum. Sa première saison est magnifique et il tape dans l’œil des recruteurs européens. C’est ainsi qu’il atterrit en France en 1987 où il aura l’occasion de parfaire sa progression dans des clubs de deuxième division. En 1990, il est engagé par le mythique club de l’AS Saint-Étienne. Il passera en tout 5 saisons chez les verts, inscrivant 16 buts et prenant part à 94 matchs. En 1995, un autre monument du football français l’enrôle, il s’agit du Racing Club de Lens. Avec les Sang et Or, Titi Camara réalise des prouesses. Sa pointe de vitesse exceptionnelle fait de lui l’une des valeurs sûres de Ligue 1 au poste d’attaquant. En 1997, l’Olympique de Marseille, qui est à la recherche de pointures pour le front de son attaque jette son dévolu sur le guinéen et le fait venir dans la cité phocéenne. À Marseille, Titi Camara va s’affirmer encore plus. Le stade Vélodrome va rapidement adopter le phénomène qui par sa simplicité et son engagement sur le terrain arrive à conquérir le coeur de nombreux supporteurs. Il participera à de nombreuses campagnes nationales et européennes avec Marseille, mais malheureusement, il ne parviendra pas à remporter un titre majeur avec les Phocéens. Joueur très apprécié, il laissera de bons souvenirs dans les différents clubs français où il a évolué. Le Guinéen va encore franchir un palier quand il quittera Marseille pour Liverpool.

Star à Anfield et véritable guide du Sily National

Titi Camara aura évolué sous les couleurs des Reds que pendant une saison (1999 à 2000). Il a laissé une trace intarissable à Anfield, tant humainement que sur le plan sportif. Durant ce laps de temps à Liverpool il a affiché des statistiques de top player et à livrer des prestations de hautes volées. Ses accélérations soudaines et brusques ont martyrisé les défenseurs de Premier League. Titi Camara, c’est aussi un amour fou pour sa sélection, la Guinée. Il était prêt à tout donner à son pays et il répondait toujours présents aux différentes convocations du Sily National. Sa passion pour sa patrie a impacté sur sa carrière en club, notamment à Liverpool où les dirigeants étaient réticents à le libérer pour qu’il puisse aller défendre les couleurs de la Guinée. Titi Camara ira plusieurs fois à l’encontre des décisions de ses dirigeants ce qui aura des répercussions sur lui. « J’ai perdu ma place de titulaire à Liverpool parce que Gérard Houiller m’avait interdit de venir à une rencontre de la Guinée contre le Sénégal. Je ne l’ai pas écouté. » dira l’icône guinéenne dans une interview. Titi Camara a tout fait pour que le Sily National rayonne dans les tournois internationaux dont la Coupe d’Afrique des Nations. Cependant, il n’arrivera pas à faire mieux qu’une place de quart de finaliste en 2004. N’empêche, il aura tracé les sillons pour tout une génération de footballeurs guinéens telle que Pascal Feindouno, Fodé Mansanré, Ismaël Bangoura et aujourd’hui, Ibrahima Traoré et Naby Keita. Il est d’ailleurs le meilleur buteur de l’histoire de la sélection guinéenne avec 30 buts. À Liverpool, il est resté à jamais dans le cœur des fans. Il a été élu dans le top 100 des joueurs qui ont marqué le kop d’Anfield. Après Liverpool, il jouera pendant 3 saisons avec West Ham puis évoluera par la suite en Arabie Saoudite avant de revenir terminer sa carrière à Amiens en 2006

Titi l’entaîneur puis Titi le ministre

Quand il a mis un terme à sa carrière en 2006, Titi Camara voulait transmettre toute l’expérience acquise durant ces années au plus haut niveau, à son pays. C’est ainsi qu’il prendra les rennes du Sily National le 9 Juin 2009. Malheureusement pour lui, il sera limogé de son poste de sélectionneur au bout de trois matchs, suite à une série de mauvaises prestations enregistrer par la Guinée, notamment pour la course à la qualification de le CAN 2010. En 2010, Titi Camara entre en politique aux côtés du président Alpha Condé, élu président de la République de Guinée la même année. La légende guinéenne sera nommé ministre des sports dans le tout premier gouvernement du président Condé. L’ancien attaquant livrera ceci:  » Nos destins se sont croisés ( référence au président Alpha Condé). Il m’a motivé pour adhérer à son projet. Alors je me suis battu à ses côtés pendant la campagne présidentielle, je voulais apporter ma pierre à l’édifice. Même joueur, j’ai œuvré dans l’humanitaire, mais je voulais encore plus en faire en m’engageant dans la politique. En Afrique, il faut être décideur pour pouvoir mettre des projets en œuvre. » Dès lors, Titi Camara, comme il le faisait lorsqu’il était footballeur décide de travailler dur afin de combler les attentes qui ont été placé en lui. Son chemin sera parcouru de nombreuses embûches et il aura à subir de nombreux coups tordus comme la politique sait en distiller. En 2012, le Sily National ressort moribond de le CAN. La gestion et certaines décisions de Titi sont remises en cause en interne. Le 5 octobre 2012, il est remercié de son poste de ministre lors d’un remaniement ministériel. Ce fut une période compliquée pour l’ancienne gloire guinéenne, qui a aussi été accusé de corruption et de détournements de fonds, chose qu’il a toujours réfuté.  » Ce que j’ai gagné pendant ma carrière m’a suffi. L’éducation que j’ai reçue et la rigueur européenne à laquelle j’ai été habitué pendant ma carrière m’a poussé à travailler dans la transparence. Quand on a été sportif de haut niveau, il y a des moments difficiles, des moments de doutes, et des moments de gloire où vous maîtrisez. Là, je ne maîtrisais plus. »

Après la politique, Titi Camara est revenu à ses premières amours, le football. Il a créé une académie de football, le Racing Club de Guinée où les pensionnaires ont la possibilité d’allier Sport et Études. Il préside l’académie et souhaite participer à l’éclosion d’une nouvelle génération de footballeurs guinéens. En 2015, Titi Camara avait été gravement blessé lors d’un incendie dans sa résidence. Il s’en est vite remis et a même plaisanté sur ses blessures.  « J »ai perdu 10 kg dans l’histoire! » C’est aussi ça Titi Camara, une bonne humeur légendaire à toutes épreuves. Les joueurs de sa trempe ne sont plus légions aujourd’hui, Titi était authentique, il procurait du bonheur et il a émerveillé une génération d’amateurs du ballon rond. Il est sans conteste l’une des plus grandes stars de l’histoire du football guinéen et a assurément sa place aux côtés des légendes africaines du foot.

Lu sur afriquesports.net