Le général Amadou Haya Sanogo, l’auteur du coup d’Etat du 22 mars 2012, a été placé hier mercredi 27 novembre sous mandat de dépôt par le juge d’instruction, Yaya Karembé, pour enlèvement et séquestration de personnes. Il aura fallu recourir à la force pour que Sanogo soit entendu par le juge d’instruction qui cherchait à l’auditionner depuis plus d’un mois sur son implication dans la disparition d’une trentaine de « bérets rouges » en avril 2012 et la disparition de 7 soldats, le 30 septembre dernier après une mutinerie dans le camp Soundiata de Kati. 

Dans notre dernière parution (L’Aube 572 du 25 novembre), nous écrivions ceci : «Aujourd’hui, il est évident que la marge de manœuvre du putschiste se rétrécit de jour en jour. Tout comme celle de IBK qui, finalement, sera obligé de lâcher Sanogo et de le livrer sous la pression de l’extérieur. Et, il n’aura guère le choix ».

Cela finit par arriver dans la matinée d’hier mercredi 27 novembre où Amadou Aya Sanogo a été interpellé à son domicile situé à Base B de Bamako. Il a été conduit à l’école de gendarmerie de Faladié par un commando lourdement armé à bord d’un pick-up.

Selon plusieurs témoins, des dizaines de soldats armés ont pénétré au domicile du général putschiste et en sont ressortis peu après en l’emmenant à l’arrière d’un véhicule.
Sanogo s’est livré à cette situation en refusant de se rendre devant la justice malienne.

Ancien capitaine, promu général en août dernier, il avait été convoqué fin octobre par ce juge d’instruction, mais il ne s’était pas présenté. Son refus avait provoqué l’indignation de plusieurs partis et organisations de la société civile au Mali. Et de l’ensemble du peuple.

Des crimes commis

Le Front uni pour la sauvegarde de la démocratie et de la République (Fdr), coalition de partis et organisations qui s’étaient opposés au coup d’Etat, s’était déclaré il y a près d’une semaine indigné que le putschiste ne réponde pas à la convocation de la justice. A l’étranger, les organisations de défense des droits de l’Homme comme Human Right Watch et Amnesty international avaient appelé les autorités maliennes à ouvrir des enquêtes sur les crimes qui sont reprochés à l’ex-junte.

Le juge Karembé était resté impuissant pour faire évoluer l’instruction, le général Sanogo et d’autres militaires cités refusant de répondre à sa convocation. Le 19 novembre dernier, Sanogo était attendu dans le bureau du juge d’instruction de la commune III. Plusieurs endroits avaient été alors cités pour la confrontation: camp I de la gendarmerie, tribunal de la commune III, Pôle économique, gendarmerie de Faladié… Mais Sanogo venait de faire faux bond au juge une fois de plus.

La descente aux enfers de l’ancien homme fort de Kati avait véritablement commencé avec la mutinerie du 30 septembre dernier. Comme Sanogo, des membres de l’ex-junte voulant aussi être promus à des grades supérieurs en voulaient particulièrement à leur chef qui n’aurait pas honoré ses engagements envers eux.

Disparitions de soldats

Dans la foulée de cette mutinerie, plusieurs soldats ont disparu et les corps de certains ont été découverts dans les campagnes environnant Kati. L’audition du général Sanogo permettra de faire la lumière sur ces assassinats. Elle pourrait expliquer aussi ce qui est advenu des nombreux militaires portés disparus depuis cette fameuse mutinerie du 30 septembre.

Le général Sanogo devra aussi dire au juge le rôle qu’il a pu jouer dans l’affaire dite des «bérets rouges» disparus.

En effet,  dans les mois suivant le coup d’Etat du 22 mars 2012 qui avait précipité la chute du nord du Mali aux mains de groupes djihadistes, le quartier général de Sanogo et de ses hommes a été le lieu de nombreuses exactions commises contre des «bérets rouges», des militaires qui avaient tenté un contrecoup d’Etat en avril 2012.

Aussi, des hommes politiques et des journalistes ont également fait l’objet de brutalité de la part des putschistes de mars 2012.

On en saura probablement plus sur les nombreuses exactions commises par les hommes de Sanogo contre des civils à l’époque des crimes reprochés à l’ex-junte.

Soumaïla T. Diarra pour maliweb

 

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