Infos Actuconakry.com / En voyant les images, l’on se croirait dans un pays en guerre ou dévasté par un tsunami. Mais non, on est bien à Conakry dans Kaporo rails où depuis deux jours le ministère de la ville et de l’aménagement du territoire a entamé une démolition de baraques pour « récupérer des domaines de l’Etat ».

Sur les lieux, une pelleteuse du génie militaire conduit par deux agents et accompagnés d’hommes en uniformes casse tout sur son passage sous le regard impuissant des occupants du marché, des garagistes et des propriétaires des baraques.
Au milieu des débris, des femmes continuent à faire leur petit commerce comme si de rien n’était.

Dans les décombres, de jeunes gens s’activent pour tenter de sauver le peu qui reste à sauver. Sur les lieux, toutes les personnes que nous avons rencontrées soutiennent qu’aucun préavis ne leur a été donné pour quitter les lieux :<<Nous ne sommes pas contre le déguerpissement mais nous voudrions qu’on nous cède une partie aussi petite qu’elle soit pour qu’on puisse rassembler nos biens et préparer notre départ parce qu’on n’a pas reçu de préavis >> soutient Ibrahima Bah plus connu sous le nom de big. Une idée que corroborent des vendeuses au marché de Kaporo rails :<<Nous n’avons reçu aucun préavis. C’est avant-hier que les hommes de l’habitat sont venus marquer les sites à démolir et hier ils sont passés à l’action >> a confié une dame très en colère qui a requis l’anonymat.


Mohamed Bah, propriétaire d’un site démoli témoigne :<<Le ministre et ses hommes sont venus ici, nous les avons rencontré, ils ont dit qu’ils reviendraient pour donner un préavis afin que chacun cherche où aller. On ne dit pas qu’on ne va pas quitter mais qu’ils nous montrent un lieu où aller même si c’est à Coyah. Mais à la surprise générale, ils sont venus hier commencer la démolition >>.
Malgré les opérations de démolition, certaines femmes continuent à faire leur petit commerce. Elles disent ne pas savoir où aller :<<On ne connait pas où aller et on trouve difficilement à manger. Ici, on vend des feuilles pour avoir à manger mais si on n’arrive pas à le faire, c’est difficile. On est là à pleurer dans notre coin. Je suis venue trouver ma baraque à terre, je n’ai rien pu sauver. Mais malgré le danger, on court avec nos marchandises. On étale là où on trouve un petit espace. Quand ils viennent, on quitte >> s’est indignée Estelle Kalivogui.
Beaucoup de pertes sont à mettre à l’actif de ces opérations de démolition et déguerpissement. Ils sont nombreux à avoir investi beaucoup au marché de Kaporo rails pour subvenir aux besoins de leur famille. Mohamed Bah dit avoir investi plusieurs millions pour ériger son site et aujourd’hui tout est parti :<<On a rien pu prendre, c’est la panique totale. J’avais 11 personnes qui travaillaient pour moi. On ne peut estimer avec exactitude les pertes parce que parfois on gagne et parfois non. Mais j’ai construit ma place avec environ 15 millions FG. Et à chaque 2 ou 3 mois, il faut renouveler et investir au moins 2 millions>>.
<<Moi j’ai au minimum 5 millions dans ce marché, je viens laisse des marchandises avec des vendeuses ici. Aujourd’hui on dit à tout le monde de quitter. La seule chose qu’on demande c’est de nous montrer où aller pour chercher à nourrir nos enfants. Il y a des femmes veuves ici, elles n’ont personnes pour les soutenir. C’est ce qui fait de plus mal. Maintenant qu’ils ont détruit ici, certaines sont parties étaler leurs marchandises au bord de la route avec tout le danger qu’elles courent >> a pesté une femme qui a requis l’anonymat.
Ousmane Kaba, père de famille dit ne pas savoir à saint se vouer après la démolition de son lieu de travail :<<Je suis père de 5 enfants, ma maison et mon lieu de travail sont à démolir. En ce jour, je ne sais où aller ? Je suis photographe et opérateur de caméra, mon studio a été détruit, mes enfants sont venus me demander à trois reprises où aller. Je cherche un toit pour mes enfants et moi mais je n’arrive pas à en trouver. Je n’ai vu personne pour donner un quelconque préavis que ce soit et personne ne me l’a dit. C’est ce matin seulement que j’ai vu cette machine entrain de détruire ici. Et le peu qu’on tente de sauver est détruit par la machine >>.
Toutes nos tentatives pour recueillir des informations auprès des responsables de l’habitat rencontrés sur le terrain sont restées vaines. Le seul responsable qui s’est prêté à nos questions en off a souligné qu’aucune déclaration n’était possible avant la fin des travaux de démolition.

Le même responsable affirme qu’après le marché, les travaux se poursuivraient sur l’autre côté de la route c’est-à-dire la zone comprise entre l’ambassade des Etats-Unis et la radio lynx FM.

Sadjo Bah pour Actuconakry.com