Tout d’abord, l’analyste que je suis ne se fait aucune illusion sur votre capacité à intégrer les critiques qui vous sont faites, les conseils qui vous sont dispensés et les mises en garde que l’on vous adresse. Il semble que, depuis longtemps, la sagesse vous ait quitté pour faire place à la fébrilité et que la passion l’emporte sur la raison.

Cependant je crois que vous abandonner à la logique destructrice dans laquelle vous vous êtes engagé en compagnie de vos lieutenants (ou plutôt vos commandants ?) revient à trahir la mission sacrée de chacun d’entre nous de rétablir une certaine éthique dans la politique guinéenne : celle de la responsabilité.
Monsieur Cellou Dalein Diallo, 

Dès l’instant où, en 2008, vous avez décidé d’épouser la politique active, vous auriez dû savoir que vous abandonniez, par la même occasion, l’éthique de la conviction pour adopter celle de la responsabilité.

Malheureusement, à partir du moment où, aveuglé par votre ambition, vous avez choisit de convaincre vos militants « qu’il était impossible que vous perdiez l’élection » et que « tout résultat différent signifierait que [vous] avez été volé » vous avez jeté cette valeur morale à la poubelle.

Pendant des mois, vous et vos alliés, avez assené ces mensonges à des militants incapables de faire la différence entre des arguments de campagnes fallacieux et la relativité des chiffres, le changement de contexte entre les deux tours et la spécificité du contexte sociopolitique guinéen. Ces paramètres là, vous les maîtrisiez parfaitement mais vous avez délibérément omit de les partager avec votre base et vous avez refusé de les préparer à un échec plus que probable.

Monsieur Cellou Dalein Diallo,

Chaque jeune guinéen, et particulièrement chaque jeune peuhl qui tombe aujourd’hui sous les balles de la FOSSEPEL et de l’armée, est une victime directe de votre inconscience, de votre égoïsme et de votre aveuglement. Ce même égoïsme et cette même inconséquence qui animent Fodé Oussou Fofana, Faya Millimono, Bah Oury, Sidya Touré et Abe Sylla.
Votre entêtement est si grave que vous avez décidé d’utiliser l’arme de la victimisation pour appuyer votre combat d’arrière-garde. Vous êtes allé jusqu’à prétendre devant la presse internationale qu’un « génocide anti-peuhl » se préparait en Guinée ! Que vous arrive-t-il ?

Savez-vous vraiment ce qu’est un génocide ? Pouvez-vous sérieusement essayer de comparer ce qui se passe actuellement en Guinée à ce qui s’est passé contre les juifs, les tutsis ou les arméniens ?

Croyez-vous sincèrement qu’il va exister un jour en Guinée une politique d’élimination physique de centaines de milliers de peuhls ? Vous rendez-vous compte à quel point ce que vous dites est ridicule et vous avec ?

Le plus grave est qu’il devient évident que cette stratégie de victimisation était prévue depuis longtemps. Pour preuve cet article de Sabine Cessou paru dans l’édition du 8 juillet 2010 de « Libération ». Il y est écrit que « Beaucoup, dans l’entourage de Cellou Dalein Diallo, sont persuadés «qu’ils» feront tout pour empêcher l’avènement des Peuls au pouvoir – ce «ils» recouvrant les anciens ministres, généraux, préfets et tenants du pouvoir d’autres origines ethniques ». Cette même Sabine Cessou qui ces derniers jours a généreusement donné la parole à votre conseiller Aliou Barry de l’ONDH, pour qu’il continue à relayer, dans le même journal, vos élucubrations victimaires et la théorie du complot anti-peuhl.

Monsieur Cellou Dalein Diallo,
Malheureusement pour vous et heureusement pour la Guinée, il n’y aura jamais de plan d’élimination des peuhls en Guinée. Vous ne trouverez même plus en Guinée un officiel pour parler de la « situation particulière du foutah ». Aucun événement, aucune personne ne vous donnera plus les arguments qui vous servent à alimenter la paranoïa victimaire que vous tentez d’imposer à tous.
Tout ce que vous réussirez à faire c’est envoyer à la boucherie des jeunes innocents, drogués par vos discours incendiaires et mensongers. Ils se feront tuer ou estropiés dans des circonstances qui ne permettront ni aux tribunaux guinéens de situer les véritables responsabilités, ni à la CPI de se saisir de leur cas. En somme, ils se feront tuer pour rien. En fait si…. pour votre ambition démesurée et celle de vos alliés.
Votre égarement est tel que vous continuez à leur faire croire qu’il y a une chance de renverser le verdict des urnes. Pourtant, vous savez pertinemment que même avec des milliers de délégués et d’assesseurs à Siguiri et Kouroussa, Alpha Condé (ou tout autre candidat opposé à vous) aurait réalisé le même score que celui du 7 novembre dernier. Quel honneur vous restera-t-il après que la Cour Suprême aura confirmé les résultats donnés par la CENI ?

Monsieur Cellou Dalein Diallo,

Je ne saurais oublier de vous mettre en garde contre l’immense risque que votre attitude fait courir à votre avenir politique et aux relations futures entre votre communauté et le reste de la Guinée.

En démontrant votre mauvaise foi de la sorte et votre incapacité à absorber une défaite politique, vous inquiétez fortement les guinéens et la communauté internationale. Le passif que vous êtes en train d’accumuler en termes d’image sera difficile à combler lors de la prochaine échéance électorale (législative ou présidentielle). A supposer que votre parti ou votre communauté vous fasse encore confiance.

Car soyez sûr d’une chose, vos militants comprendront plus tôt que tard à quel point vous les avez trompé. Une fois la déception et l’amertume consommées, ils découvriront les chimères que vous leur avez vendues au prix de leur argent et de leur sang. Vous devrez rendre compte d’une manière ou d’une autre.

Si en politique il est concevable pour un homme politique de s’accommoder du mensonge et d’une certaine dose de mauvaise foi, vous Cellou, vous avez dépassé les limites de l’acceptable. En un laps de temps infiniment court vous avez aligné une myriade d’erreurs et de traits de caractère inadmissibles pour un homme d’Etat : fébrilité, paranoïa, manque de lucidité, absence de perspective, irresponsabilité, communication incohérente.
Vous avez malheureusement entraîné la minorité la plus visible de votre communauté (grands commerçants et jeunes loubards) dans ce qu’un diplomate occidental à appelé une « surenchère délirante ». Les appels à « paralyser l’économie du pays », votre manque de respect pour les partenaires de la Guinée (GIC, ambassadeurs, etc.) en refusant d’assister à la proclamation des résultats, la violence des jeunes militants en votre nom alimentée par les communiqués officiels sur votre site revendiquant votre victoire et votre refus des résultats de la CENI auront des conséquences difficiles à évaluer et, surtout, à réparer.
Il faut cependant vous accorder une circonstance atténuante : les intellectuels de votre alliance ont tous trahit la mission qui étaient la leur : vous dire la vérité (a supposer que vous ne la connaissiez pas) et exiger que vous la transmettiez à vos militants.
Il y a quelque chose de pathétique à entendre les Bano Barry, Aliou Barry, Sy Savané, Saïdou Nour Bokoum, a étaler l’étendue de leur parti pris et leur incapacité à dépasser leur horizon identitaire pour analyser intellectuellement la situation.

Oui, le vote en Guinée a été ethnique. Oui au deuxième tour il y a eu un vote « tous contre le candidat peuhl ». Oui les candidats ont joué sur la fibre ethnique pour gagner le cœur des électeurs.
Non, il n’y a pas eu de fraudes remettant en cause le résultat final. Non, il n’y a pas eu de machination nationale pour faire gagner Alpha Condé. Non, il n’y a pas de génocide peuhl en Guinée.
Le vrai défi qui vous attend et qui interpelle les intellectuels de votre camp c’est de déterminer pourquoi nous en sommes arrivés à ce scrutin si révélateur de nos clivages ethniques et ce qu’il faut faire pour que l’on sorte de cette logique. Mais en êtes-vous seulement capables ?
Ansoumane Koly

 

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