Les spécialistes sont unanimes : Hillary Clinton a toutes les chances de devenir le prochain président des États-Unis.

« Elle va y aller, regarde, elle a coupé ses cheveux. » Celle qui fait la remarque avec une certaine ironie dans la voix, connaît bien la vie d’Hillary. Spectatrice attentive des joutes politiques depuis des décennies, elle ne doute pas une seconde qu’Hillary sera candidate à la présidentielle de 2016. La nouvelle coupe de cheveux qu’elle arbore pour faire la promotion de son livre en juin 2014 est-elle un signe particulier annonciateur de cette décision ?

Comme beaucoup de femmes, Hillary change de coiffure à des moments clefs de sa vie et non par caprice ou coquetterie. Mais elle en a changé tellement depuis son entrée dans la sphère publique que celle-là en particulier, courte, au ras de la nuque avec la mèche sur le côté qui s’arrête à la frontière du sourcil, dit peut-être quelque chose de subliminal. D’abord parce qu’elle ressemble à s’y méprendre à celle qu’Hillary avait mise en avant pour la photo de couverture de son autobiographie Mon histoire , en 2003.

Onze ans séparent donc ces deux moments. Or à l’époque, beaucoup suspectaient la sénatrice de New York de se présenter à la présidentielle de 2004. S’agirait-il du même mode opératoire ? La coiffure courte et simple de l’executive woman, un simple col roulé en 2003, un tailleur aujourd’hui. Un sourire à pleine dents à l’époque, le regard sérieux et les lèvres minces presque pincées en 2014 : les médias sérieux et ceux de la presse people ont tous essayé de jouer à la devinette pour tenter d’anticiper sur le cours des choses. Mais ils se sont souvent trompés.

Elle-même l’avoue, elle a un complexe avec ses cheveux. Garçon manqué à l’âge du primaire, elle a voulu devenir jeune fille à l’entrée au lycée avec tous les attributs de l’adolescence en cette période. Son premier passage dans un salon de coiffure est un naufrage complet. L’homme aux ciseaux se montre si distrait ou médiocre qu’Hillary doit se faire offrir une queue de cheval postiche pour compenser les ravages du Figaro. Et comme un malheur n’arrive jamais seul, un de ses congénères, scalpeur, se fait un plaisir, pour jouer certainement, delui tirer dessus jusqu’à ce qu’elle lui reste dans les mains. Hillary reste stoïque mais de ce jour date une relation à la coiffure très inégale. Elle a tout essayé : le genre très travaillé avec boucles en dedans comme Pamela Ewing dans le feuilleton Dallas. Le style brushing gonflé à la Liz Taylor, le carré timide à la Angela Merkel, le chignon court, la longue frange de côté pour des cheveux à mi-épaule, la queue de cheval courte ou longue, la tresse à la Timochenko comme serretête, les chouchous de toutes les couleurs et de toutes les formes… Au point que certains se sont demandé si cela ne traduisait pas une forme d’instabilité. Ou le besoin criant de se faire remarquer.

Elle-même le nie. Pendant la campagne présidentielle de Bill, en 1992, elle recourt aux services d’un styliste de Los Angeles. Le premier d’une longue série : « C’était un univers nouveau qui se révéla très amusant mais l’éclectisme de mes expériences en ce domaine suscita bientôt des histoires selon lesquelles je ne pouvais m’en tenir à aucun style de coiffure, et sur ce que cela révélait de ma psyché. » Six mois après son arrivée à la Maison Blanche, elle se laisse convaincre, de passage à New York, de se mettre entre les mains du coiffeur français Frédéric Fekkai. Ses coups de ciseaux dans la suite du Waldorf Astoria où elle réside, transforment tellement le visage d’Hillary, avec une coupe si courte, que toute la presse le remarque. En 1996, lors de la promotion de son premier livre Il faut tout un village…, elle reçoit la correspondante de Libération à Washington, Marie Guichoux, qui note sec : « Pour avoir donné et encore plus reçu de coups, Hillary Clinton est étonnamment fraîche. Séduisante, même. Un joli teint clair, des yeux bleu-acier, une voix forte, un sourire sous hypnose et une aisance très yankee. Ses 50 ans à venir sont une promesse de rédemption pour les jeunes filles ingrates. »

« Cela m’étonne toujours de voir que ce sujet fascine les gens », confie-t-elle en décembre 2012 à Barbara Walters, la doyenne des intervieweuses stars de la télé américaine105. Comme si elle-même n’avait pas créé ce feuilleton capillaire et qu’elle n’avait pas l’intention d’y mettre fin. Depuis qu’elle a quitté la Maison Blanche, elle affirme ne plus avoir de coiffeur personnel à son service. Si bien qu’avec tous les voyages qu’elle effectue, d’abord comme sénatrice puis comme candidate et Secrétaire d’État, elle a décidé de se passer de coiffeur. « Cela devenait un fardeau de chercher à chaque fois un coiffeur dans une nouvelle ville, parfois ne parlant pas même l’anglais pour que je lui explique comment me coiffer. » D’où la coupe courte qui s’allonge et le recours fréquent à la queue de cheval qui lui a été beaucoup reproché par les critiques de mode. Lorsque Barbara Walters signale à Hillary que ce genre de questions sur l’apparence physique n’est jamais posée à des hommes exerçant la même fonction, la Secrétaire d’État, à deux mois de son départ du Département d’État, glisse à mi-voix et l’œil en dessous : « Ah ! vous aussi, vous aviez remarqué ? »

C’est de bonne guerre de la part d’Hillary de jouer du cliché machiste sur la tenue des femmes politiques. Mais Hillary est suffisamment expérimentée dans ce domaine pour savoir qu’un message ne vaut rien s’il n’est pas véhiculé dans une forme capable de séduire ou d’intéresser le destinataire. Lorsqu’elle s’affiche en robe longue de First Lady pour le bal d’investiture, elle ne reproche à personne de s’y intéresser. Lorsqu’elle est en difficulté face à ses adversaires politiques, c’est bien elle qui choisit de faire la Une de Vogue en décembre 1998, en pleine affaire Monica Lewinsky, sur les conseils de son ami grand-couturier Oscar de la Renta106. Hillary s’agace de voir que ses fameux tailleur-pantalon de toutes les couleurs retiennent davantage l’attention que ses discours, mais elle ne manque pas de contribuer à cette curiosité futile en adoptant à chaque nouvelle apparition un modèle différent d’une couleur encore plus vive qui ne manque pas d’être photographié sous toutes les coutures. Critique de la misogynie et exploitation de la peopolisation de la vie politique font donc bon ménage.

François Clemenceau (atlantico.fr)

 

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